Le blog de William Webb Ellis

On va moins parler de moi ces temps-ci. Voyons voir ça.

jeudi 4 octobre 2007

Nuit blanche après les Blacks ? Ou nuit sombre après marée grise ?

Je sens une grosse révolte venir du Nord, un sorte de vent fort et glacial, mélange de tempête écossaise, de brume anglaise et de mistral français. Bon, évidemment, les Blacks, la tempête, ils savent la gérer
Je ne sais pas laquelle de ces trois nations est la mieux placée pour passer, ni laquelle a le moins de chances. Elles sont peut-être à égalité. Mais ce peu de chances (allez : 3 sur 10 pour chacune) peut leur suffire. D'autant qu'elles peuvent passer à 5 sur 10 si le trou n'est pas fait à mi-temps.
Ça monte, ça monte, ça va jouer à quitte ou double.
Peut être qu'il n'y aura plus d'équipe de l'hémisphère nord dimanche soir. Peut-être aussi qu'elles y seront les trois. Qui sait ?
L’Angleterre a montré de meilleures choses contre les Tongas. Et les rencontres entre Anglais et Australiens ne sont jamais comme les autres. Les antagonismes ne datent pas de 2003, ils sont ancestraux ! Et c'est pareil pour le XIII ou le cricket… Sait-on jamais ?
L’Ecosse a un jeu plus minimaliste que l’Argentine, et a déjà rempli ses objectifs. Elle peut même être la dernière équipe européenne présente en 1/2 finales ! Son entraîneur a déjà été reconduit. Rendez-vous compte : Irlandais et Gallois ne sont plus là !!! 
La France… Ça va être très spécial, très tactique, très costaud. Une grosse explication. Très grosse. L'Anglais Wayne Barnes va avoir du boulot. Ça tombe bien : il est l'arbitre qui a sorti le plus de cartons lors des matchs de poule  : 8. Sera-ce un avantage ou un inconvénient d'être encadré par une lecture d'influence européenne du jeu ? Qui va avoir la meilleure défense ? Qui va avoir le plus de sang-froid ?
Si ça passait, ça le ferait : ça va être la nuit blanche à Paris ce week-end !
Sinon, bin ce sera la berezina, comme celle sévèrement pronostiquée ici, et dont j'ai trouvé le lien sur l'excellent upandunder.info. Et dans ce cas, on va en entendre parler dans les chaumières, ça va sérieusement casser l'ambiance. Et je ne parle pas de la coupe du monde en tant que telle, qui au contraire va être passionnante jusqu'au bout.
La composition du XV de France est dans un sens logique même si, c'est clair maintenant, on navigue à vue. Surprenante mais logique. Pour battre les Blacks, il faut de toute façon être à la fois surprenant et logique.
Je comprends moins celle du banc. Mais bon. Fermez le ban !
Evidemment, Bruno, Nyanga, Martin, etc. Et surtout Lionel Nallet en tribunes, ça fait jaser. Ça peut.
Laporte m’exaspère parfois, des fois en tant que sélectionneur, des fois comme chantre d’une certaine évolution du rugby et de la société, mais il a les clés du camion, qu’il aille jusqu’au bout.
C’est marrant tout de même : en 1999, je me rappelle qu’il commentait les matchs de la RWC, qu’on parlait beaucoup de lui, et depuis un moment, pour succéder à Skrela – Villepreux. Duo contre lequel il n'était pas tendre, notamment pour Villepreux. Huit ans après, Skrela commente sur le cable, Villepreux écrit dans la presse, et Bernie est aux commandes. Pour le même match.
Et le prochain, qu’est-ce qu’il fait actuellement ? Il y a des chances qu'on l'entende souvent ces temps-ci. Sous toutes formes. Peut-être aussi qu'en fait, on ne l'entend pas du tout… Une très bonne idée en tout cas que Novès, en plus s'il est appuyé par d'anciens internationaux. Sinon, j'aime beaucoup Saint-André, mais c'est normal : tous les Anglais l'ont adopté !
Revenons à Nallet. Peut-être que Bernie le dingue a raison dans un sens. Si la France passe le cap néo-zélandais, c’est peut-être lui (comprendre Nallet) qui permettra aux Bleus d’aller au bout. Potentiellement, cette homogénéité est assez bluffante.
Ça a un autre avantage. Un type comme Pelous peut jouer sereinement ce qui peut être son dernier match. Si la France perd évidemment, mais ça il le sait croyez-moi. Mais aussi si la France gagne, si par exemple il se blesse, ou est mis sur le banc. Plus aucun frein pour se donner à fond, lâcher tout ce qui peut être lâché. Spartiates vous avez dit ? Le bouchon un peu loin je pousse ?
Je dis ça pour Nallet / Pelous, mais c’est bon aussi pour les autres postes, c’est l’exemple le plus criard, c’est tout. Dur pour lui.
Le problème, c'est que ça reste une potentialité, et que, si la logique est respectée, bin ça aura été un beau gâchis.
Enfin, "problème", c'est façon de parler bien sûr : le jour où on ne pourra plus être illogique au rugby, bin il sera mort. Et si c'était déjà le cas, bin je le saurai : l'ordi du Cercle est directement connecté sur le fichier des entrées et j'ai encore rien vu passer !

Mon prono : la Nouvelle – Zélande ne gagnera pas de peu. Soit de beaucoup, soit pas du tout…

En attendant, si les Français doivent aller soutenir leur équipe jouer sa coupe du monde à Cardiff, les Parisiens ont la chance de pouvoir découvrir (gratuitement, à l’invite du gouvernement de Nouvelle-Zélande et jusqu’au 21/10) la richesse de la culture néo-zélandaise, et notamment maori, au sein d’un immense ballon de rugby gonflable, installé sur le Champ de Mars, devant la Tour Eiffel.
Si certains d’entre vous y sont allés (ou mieux sont prêts pour faire un détour par Menton pour me prendre en stop avant d’y aller !), je suis preneur d’impressions même fugaces.

Pendant ce temps, la DGSE travaille pour l'équipe de France… :

"NZ : La DGSE soupçonnée

Les services secrets français seraient soupçonnés par la presse néo-zélandaise d'espionnage des Blacks en faveur des Bleus. L'histoire semble incroyable, mais les Néo-Zélandais dans leur paranoïa plutôt habituelle croient dur comme fer que leur élimination en quarts arrangerait beaucoup de monde."

Au fait, où mouille le Rainbow Warrior actuellement ?

A+

PS : Même la FFR croit aussi que les Bleus peuvent passer ! D’après ce que j’ai lu en tout cas : “Les femmes de joueurs français se sont vus indiquer que leur voyage ne sera pas pris en charge par la FFR qui a aussitôt précisé que les voyages pour assister à la finale seraient eux intégralement remboursés…”. Et moi, je suis tellement optimiste que j'ai déjà trouvé un film pour illustrer une demi-finale entre la France et l'Angleterre !

RePS : On évoque souvent cette demi-finale de 1999, mais j’aimerais me rappeler d’autres victoires mythiques. Roger ne peut plus avoir de frissons, mais c’est tout comme, plus que jamais, je vous prie de me croire ! “C’est pas peu de choses !” comme dit Bala !
Et puis, j’ai déjà évoqué 1994, en voici un moment magique. Ça peut aussi se lire. Ici aussi.
Bon évidemment, il y a aussi beaucoup d’essais et de victoires néo-zélandaises. Résumons-les par ça.

RerePS : On est beaucoup là-haut à avoir apprécié cet hommage au rugby argentin.

RererePS : Y'a du beau monde qui va se pointer "à la maison", c'est-à-dire au cimetière à Menton. Parait qu'on va me rendre hommage en grandes pompes. Ça commence à être lourd ce cirque, j'ai des voisins qui se plaignent moi ! Et puis, je ne veux pas servir de caution à tout. C'est fou cette façon que vous avez de gadgetiser, de conceptualiser, de symboliser, de résumer les êtres à des fins très terre à terre. J'vais quand même y aller, j'ai cru comprendre que les capitaines des sélections ont préparé quelque chose pour moi. Quand ça vient des joueurs, ma foi…
(Hein ? Quoi ? Mais non boss, "ma foi", c'était façon de parler, je ne cherche pas à vous piquer le boulot nom de Dieu ! Oh pardon ! Quoi ? Je perds mes nerfs ? C'est la tension de la compétition, boss, j'vais avoir besoin d'un préparateur mental)

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mercredi 3 octobre 2007

Lacaze de l’Oncle Willy

Je n’ai pas le moral. J’ai du mal à comprendre ce qui se passe dans le rugby. Au début, je m’en suis amusé de tout ce déballage, et puis, plus ça va, bin, moins ça va.
Il y a heureusement encore le terrain. Là, je reconnais qu’on a vécu quelques bons moments, ici parmi vous pendant lesdits matchs, puis ensuite au Cercle à batailler.
J’ai mal au cœur pour les Irlandais mais la logique de cette poule D est respectée. Quel pied j’ai pris à nouveau à regarder ces Argentins ! Je ne comprends pas qu’on critique cette équipe. D’abord, elle est bien plus agréable que le XV de la Rose soporifique de 2003 par exemple, et je ne me souviens pas qu’on ait autant remis en cause l’équipe de Woodward à l’époque. Ensuite, les Argentins ont montré quelques jolies dispositions, avec notamment des avants qui savent admirablement se faire des passes sans faiblir dans les phases de conquête, loin de là ! Les Argentins sont portés par des valeurs essentielles, et communicatives. Rendez-vous compte : le Superclasico entre River Plate et Boca Juniors, initialement programmé à 16h10 locales, débutera finalement à 14h pour que le pays suive le quart de finale de la Coupe du monde que les Pumas doivent disputer face à l'Ecosse à 16h locales (21h en France) au Stade de France.
Enfin, ils sont capables de mouvements extraordinaires et je suis sûr qu’on va le voir dans les matchs éliminatoires. Contre l’Ecosse sans doute. En demi-finales où je leur souhaite d’aller, sûrement.
Et d'ailleurs, qu’est-ce que c’est que cette campagne contre le jeu au pied, faite de lieux communs et de politiquement correct ?
Certes, moi aussi, j’ai du mal à apprécier certaines tactiques modernes avec le pied. Sauf la passe au pied, que j’ai tout de suite goûtée, même parfois quand elle n’aboutit pas.
J’ai quand même fait des progrès : ces longs coups de pied pour ne pas trouver la touche, j’en ai compris le principe. Mais que voulez-vous, il y a des coups de pied qui ont l’air d’être clairs, voulus, et d’autres complètement ratés. Les Argentins ont su trouver des coins morts du terrain pour remettre la pression de suite sur les Irlandais. Les Français jusqu’à présent, ou plutôt jusqu’à dimanche, j’avais l’impression que, quand ils ne trouvaient pas la touche, c’était pas forcément fait exprès. Et il aurait en général mieux valu !
Le jeu au pied fait partie intégrante du jeu et ces polémiques vaines ne sont pour le coup pas propres à l’ère professionnelle elles ont toujours existé. Peut-être que c’est pour ça qu’on parle de « football-rugby »…
Le problème, c’est plutôt quand le jeu est stéréotypé, au pied ou à la main d’ailleurs, sans imagination. Mais, on ne peut pas gagner sans jeu au pied… a fortiori contre les Blacks.
Tiens, ça me rappelle d’un coup une prédiction que Denis Lalanne avait faite dans l’Equipe, le matin du 16/08/1958, le premier match des Bleus auquel j’ai pu assisté. Peut-être le plus prenant que j'ai vécu. Que dit Lalanne ? « Si Lacaze tient, alors les Springboks n’auront pas acquis un gros avantage à la mi-temps, et s’ils ne nous distancent pas, alors les Français gagneront ». Il fallait être optimiste et bien proche des joueurs pour faire pareil pronostic alors que personne ne donnait la moindre chance aux Français…
Ce sera pareil pour les Blacks : pour espérer les battre, il faut tenir la première mi-temps. Et les Anglais seront confrontés exactement au même problème face à l’Australie.
Je fais cette comparaison sans penser aux tactiques de jeu proprement dites bien sûr : je serais bien mal inspiré de laisser entendre que le jeu des Néo-Zélandais et des Australiens aujourd’hui ressemble en quoi que ce soit à celui des Boks de 1958 !
Je parle d’état d’esprit.
Et alors le jeune Lacaze, aligné pour la première fois en équipe de France lors du premier test chez les Springboks (3-3), appelé pour sa deuxième sélection (qu'il tiendra avec deux infiltrations à la cheville) pour la première fois à l’arrière (c'était davantage un ouvreur) afin de suppléer Michel Vannier, très sévèrement touché ? Il a tenu, son rang et la baraque, comme tous les autres. Et c'est pas qu'un peu grâce à son jeu au pied. Lui aussi pourtant était parti à la tournée sans être un premier choix, de par sa jeunesse, et parce que les postes étaient bien fournis. Mais il y eut une cascade de blessures. Et finalement… Je ne sais pas pourquoi, mais quand je vois Beauxis, je pense Lacaze.
Je pense que ça va lui faire plaisir à Papillon de lire ça demain. Et je suis content que ça lui fasse plaisir.
Cette victoire à l’Ellis Park de Johannesbourg est sans doute un des plus grands exploits du rugby. Je ne vois guère que les deux tests gagnés en Nouvelle-Zélande par les Bleus en 1994, le Grand Chlem des Australiens en Europe en 1984 (avec le génial Mark Ella) ou la tournée des Boks chez les Kiwis en 1937, pour contester ce postulat. Les équipes qui ne seront pas favorites dans les quarts de finale prochains, à savoir la France, l’Angleterre, l’Ecosse et les Îles Fidji, auront tout intérêt à s’inspirer de ses enseignements. Pour le moment, ce sont les Argentins qui sont le mieux dans la lignée.
Cet article à nouveau de Denis Lalanne, écrit 50 ans après cet exploit et repris dans ce lien sur le site d'un modeste club de rugby du Canada ! Allez vous y promener, il y a des trésors), vous en donnera l’esprit. Le mieux étant quand même de lire « Le grand combat du Quinze de France », qu’il a ensuite publié aux éditions de la table ronde en 1962. Un bouquin à la hauteur de l’exploit qu’il relate. Il y a eu aussi un documentaire, dont ce reportage contemporain reprend des images, qui ont d'ailleurs été tournées à l’époque par André Frémaux, deuxième ligne remplaçant.

Revenons à nos moutons (il y a longtemps que je n’avais pas parlé d’eux).
J’ai de la peine pour les Gallois, qui ont quand même montré de belles choses dans cette RWC. Leur volonté de revenir à un sélectionneur étranger « à tête froide », susceptible de leur dire « ce qu’ils ont besoin d’entendre » est touchante. Ils savent où ils doivent aller, ils veulent retrouver leur brio de 2003-2005, on reparlera d’eux rapidement, j’en suis sûr.
Les Fidji, qui se sont basés sur une belle paire de demis et un jeu au pied efficace, ont été superbes. Rabeni a été incroyable, et tous les autres arrières au diapason, avec un 15 néanmoins un peu en retrait, mais, sur ce point, on a l’impression que c’est un peu le sort de tous les arrières de la coupe du monde… J’avais bien aimé l’arrière des Samoas contre l’Angleterre. Robinson aussi apporte toujours quelque chose, mais il a peu joué. Larkham a fait un sacré match au Millénium Stadium. Mais à part ça ces trois, et peut-être d’autres que je n’ai pas vu, je n’ai pas l’impression que beaucoup se soient mis en valeur. Le pouvait-il ? Je croyais que le rugby moderne avait tué les centres en en faisant des troisièmes lignes détachés. Je me rends compte qu'ils remuent encore par rapport aux arrières, réduits à faire l'essuie-glace…
Je ne sais pas trop quoi penser de l’Ecosse. Je sens par contre qu’elle va poser davantage de problèmes que l’Irlande à des Argentins qui devront se découvrir.

Voilà, ça suffira pour cette fois. Je vais essayer de ne pas repenser maintenant à l’IRB, aux histoires de couleurs de maillot, aux magouilles, à la pub envahissante (des mannequins de Dim au médecin de l’équipe de France en passant par… Daniel Herrero nom de Dieu ! Oh excusez moi Boss), à la récupération, à l'incompétence, à l’abrutissement, à la vulgarité etc. A la bêtise aussi. Au fait, Gareth, t’étais vraiment obligé de faire ce bras d’honneur contre les Fidji ? Quelle 100ème sélection !

PS  : en cherchant quelque chose sur Mark Ella, j'ai trouvé des trucs sur une autre Ella. Ça n'a aucun rapport mais c'est tellement bon…

Posté par William WE à 02:04 - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

mardi 2 octobre 2007

"Les Pumas en croisade"

"Les Argentins, en terminant premiers de la poule D, prennent un malin plaisir à contrarier les plans de l'IRB et du comité d'organisation.

Ils avaient prévenu la planète ovale qu'ils gagneraient leurs quatre matchs de poule. Les grands du monde du rugby avaient alors ri au nez de ces Pumas, décidément forts en bouche et en revendications. Et pourtant, ces mêmes Argentins dansaient dans leur bus, dimanche soir, en quittant le Parc des Princes, après leur victoire sur l'Irlande. Forts en gueule, forts sur le terrain, ils n'ont laissé aucune chance aux Irlandais pour réussir leur chelem de septembre. Quatre matchs, quatre succès, la première place de la poule D et un quart de finale face à l'Ecosse au Stade de France. Alors le Puma pouvait une nouvelle fois bomber le torse et ne pas laisser sa langue dans sa poche.

Dans les entrailles du Parc des Princes, les discours ont rapidement dépassé le cadre trop petit du match face à l'Irlande. "L'Argentine a gagné tous ses matchs dans une poule qui n'était pas préparé pour elle", lance Ignacio Corleto avec un sourire qui en dit long. Les Pumas ont joué un mauvais tour aux organisateurs de la Coupe du monde. Une blague dont ils reparleront pendant des années mais l'ailier argentin ne veut pas que cette attitude soit mal interprétée : "Nous l'avons fait avec beaucoup de respect mais je pense que nous sommes arrivés à changer le planning de la Coupe du monde." En deux phrases et tous les non-dits sous entendus, le joueur du Stade français a résumé la pensée d'une équipe plus soudée que jamais pour couper encore quelques têtes.

Marquer l'histoire

Le capitaine Agustin Pichot, Che Guevarra du rugby de la Pampa depuis de longues années, va plus loin : "Nous avons montré au monde que nous existons. Il faut faire une révolution dans le système international car je retiens encore une fois le manque de considération des organisateurs par rapport à l'Argentine." Un journaliste argentin se félicitait alors que les Pumas aient répondu, à l'arrogance française, en envoyant les hommes de Bernard Laporte à Cardiff, pour affronter les All Blacks.

Chaque victoire est pour les Pumas un argument de plus pour faire réfléchir l'IRB. Pas question donc de s'arrêter en si bon chemin. "Maintenant, on ne peut pas se contenter d'un quart de finale", martelait Mario Ledesma. Pendant la semaine, nous allons redoubler d'efforts et faire tout ce qu'il faut pour aller plus loin." Les Pumas voient dans leurs succès plus que de simples victoires. Ils veulent marquer l'histoire en gagnant, sur le terrain bureaucratique, leur billet d'entrée pour le Tournoi des 6 Nations ou des Tri-Nations.

Soif de reconnaissance

Ils ont fait de cette Coupe du monde leur croisade vers le gratin international. "Nous venons de faire un pas très important pour le rugby argentin, soulignait le sélectionneur Marcello Loffreda. Nous avons démontré que nous avons le niveau du Tournoi des 6 Nations. Aujourd'hui, nous sommes la quatrième nation au monde et les trois premières se trouvent dans l'hémisphère sud. Tout le monde doit prendre en compte cette réalité."

Les Pumas ont soif de reconnaissance, que ce soit auprès des instances internationales mais aussi dans leur propre pays. Sur cette terre de football, les rugbymen commencent doucement à intéresser la population locale. En Argentine, les récents résultats poussent les curieux vers cette équipe alors qu'à chaque match du Mondial, les soutiens en tribune sont plus nombreux. "Il faut que ça continue comme ça", prévient Loffreda. Pour cela, une seule solution : atteindre le dernier carré du mondial."

http://www.rugbyrama.fr/rugby/coupe-du-monde/2007/sport_sto1332502.shtml

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jeudi 27 septembre 2007

Le rugby français ne s’est jamais aussi bien porté

Ah, j’entends d’ici : « On commence à le connaître le Willy. L’humour britannique sans doute. L’art de lancer du chaud et du froid. Le genre ailier chétif qui vient foutre le bordel devant par un mauvais geste avant de s’éclipser… Bref, il vient se foutre de notre gueule. Il aime bien les Français, mais à la sauce menthe ».
Et bien non, je pense vraiment ce titre. Il parle du rugby français, pas de l’équipe de France.

Le professionnalisme à la sauce française marche, en tout cas aujourd’hui. C’est lui qui a le meilleur développement, à la fois économique avec des armadas qui peuvent aujourd’hui se payer, comme nulle part ailleurs, les meilleurs joueurs de la planète, mais aussi de jeu avec un encadrement (carcan juridique, création et suivi, avec le ministère, des centres de formation…) et un soutien (redistribution des droits TV jusqu’à la ProD2, aide financière, depuis cette année, aux promus) efficaces.

Le rugby français a toujours ouvert sa porte aux étrangers. Des noms célèbres ont joué dans les championnats domestiques. Il s’exporte aussi très bien. Depuis longtemps, les entraîneurs français portent la bonne parole hors de leurs frontières. Et pas que dans les nations majeures, bien au contraire !
Quant à l’équipe de France, elle s’est souvent tournée – c’est le mot – vers les pays émergeants. Sans les Bleus, contre qui l’Argentine aurait-elle régulièrement joué ces 30 dernières années ?

Cette richesse est flagrante dans nos championnats. Où jouent les Argentins ? Les Géorgiens ? Les Portugais ? Les Roumains ? Les Italiens ? Les Canadiens ? A part quelques exceptions, en France, dans les clubs pros mais aussi amateurs.
Cela ne va pas d’ailleurs sans problèmes. Ce n’est pas le débat ici.
Ces équipes sont quasiment les seules à avoir progresser depuis dix ans (bon, c'est moins vrai pour la Roumanie et le Canada mais bon), les Tri-Nations exceptées. On peut aussi citer l’Angleterre pour la période 2003, mais je voulais dire en termes de jeu… Le Pays de Galles peut-être.
Et dans le Sud ? Bof… On sait le peu d'entrain pour intégrer l'Argentine. Les Fidji, les Samoas, les Tongas, vivent dans le dénuement le plus total, économique et au niveau des structures, et stagnent. Les Tongas ont malgré tout l'air de tourner cette saison ; on va voir ce week-end si les Fidji ont progressé ; les Samoas ont finalement été décevant. Ces trois pays sont en tout cas superbement ignoré des fédérations du sud, et tout particulièrement de la Nouvelle-Zélande, ce qui est quand même un comble. Le Japon aussi est snobé. Bref, ça stagne.

Les progrès faits par ces pays émergeants, les joueurs la doivent en partie à l’expérience accumulée sur les terrains de France et de Navarre. Ils ont permis aux Argentins de réussir le coup de ce premier tour, et de se frayer une voie royale… taillée pour la France.
Ces progrès, ils vont aussi porter des Géorgiens pour lesquels le match de dimanche est une sorte de cerise sur un énorme gâteau.
La Géorgie est une petite nation du rugby, sans grands moyens. Henri Broncan disait l’autre soir sur Sud Radio que ce match de la Namibie était primordial car le président géorgien a promis d’injecter de l’argent dans le rugby (et d’abord pour qu’il y ait des stades !) en cas de victoire sur la Namibie.
L’ampleur du score m’a surpris, pas leur envie. Leur application en défense (avec des similitudes, me semble-t-il même si je n’ai vu pour le moment que des extraits, avec l’Argentine contre la France…) rappelle beaucoup la ProD2 française… Ces types-là jouent, avec leurs moyens et une énorme envie, très intelligemment.

Tout ça pour dire que le maître français, après s’être fait prendre par l’élève argentin, aurait tout intérêt à se méfier beaucoup de ces Géorgiens, même diminués pour jouer Namibi et France en quatre jours. La Géorgie va jouer avec beaucoup de fierté contre la France, elle voudra montrer son meilleur visage et terminer en beauté. Sans compter sur l’application de ceux qui sont actuellement sans club…
D’ailleurs, rappelons que la Géorgie peut encore se qualifier (ce qui, en soi, est déjà un exploit) : il lui suffit de battre la France avec le bonus offensif et compter sur l’Argentine pour tenir à distance l’Irlande. Si les Géorgiens avaient marqué le bonus offensif contre la Namibie (ils en ont quand même planté trois…), il leur suffirait de battre la France, même sans bonus…

Alors, franchement, parler des quatre essais que les Bleus vont leur mettre, et aussi des Blacks, des Blacks et des Blacks, ça me paraît un tantinet superflu. Ce match a pour le moment un je ne sais quoi du Barbarians - Argentine catastrophique après le Tournoi, fait pour faire jouer des joueurs qui avaient le moral dans les chaussettes de ne pas être dans le bon wagon. Vous savez tous ce qu'il en advint.
Il faudra s'imposer vite et bien.

Contre la Namibie, j’ai dit ne me fier qu’au premier quart d’heure, quand ils étaient 15. La France devait mener de deux essais à ce moment-là, c’est ça ?

Dis donc, tu vois pas qu’ils alignent Yachvili dimanche ?

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mardi 25 septembre 2007

Bal à papa et barbapapa pour Baï papa

Si on faisait un petit bilan ? Pas inutile avant d'attaquer la semaine sans doute la plus intéressante de ce premier tour, celle où la vie et la mort se jouent. Façon de parler bien entendu.

Par ordre alphabétique donc puisque c’est fait pour ça : poule A. Les îles Tonga seront-elles plus malines que les îles Samoas ? Il faut espérer pour mes amis anglais que non. Les Samoas m’ont déçu, trop confiants en eux et en leur force physique d’abord contre les Tongiens, ensuite contre des Anglais en réelle difficulté à l’heure de jeu. Michael Jones quitte son rôle de sélectionneur avec élégance et clairvoyance, comme il était joueur "Il est temps d'avoir du sang neuf et une nouvelle voix" a-t-il déclaré. Les Samoans voudront sans doute en être digne contre les Etats-Unis (qui se tapera les Sud-Af’ quatre jours après…). Pas sûr que j’ai le temps de voir ça : faut faire des choix.
Bref, un match à retenir : Angleterre  - Tonga.

Pour la poule B, Fidji – Pays de Galles. Affiche inédite au Millénium stadium, entre deux équipes qui ont quand même montré de belles choses même si elles ne sont pas constantes. Avantage pour moi aux Diables rouges, et pas seulement parce qu’ils jouent à domicile. Après, Canada – Japon n’est pas inintéressant, ne serait-ce que parce qu’il me rappelle quelque chose (voir « Willy au Saké, TV saquées » le 27 août dernier). Sauf que le Canada se farcira l’Australie… quatre jours après.
Un match : Fidji – Pays de Galles

Poule C : si je regarde encore un match dans cette poule, ce sera peut-être Roumanie – Portugal. Les hommes des Carpates n’ont pas droit à l’erreur face à de fiers amateurs Portugais. Alors, tout le monde va me bassiner avec Ecosse  - Italie. Ça va batailler c’est sûr. Ça vaut le déplacement sans doute (comme ça, on verra peut-être Murrayfield avec des spectateurs…). Mais bon, l’Ecosse en gris et l’Italie en berne, ça ne me dit trop rien. Et, quel qu’il soit, je ne vois ni l’un ni l’autre battre en 1/4 le premier de la poule D. Nouvelle – Zélande – Roumanie (quatre jours après le match le plus important de cette compétition pour les Roumains, contre le Portugal donc) ? Uniquement pour les drogués en état de manque.
Un match : Roumanie – Portugal

Et puis la poule D… L’Argentine mérite sa première place et pour moi la conservera. Leur envie repose sur autre chose que le simple fait d’avoir battu la France, ils ont maintenant un boulevard devant eux pour s’imposer à la face du monde. Je n’exclus pas d’ailleurs qu’ils aillent au bout. Qui sait : contre la France ?
D’ailleurs, je ne l’ai jamais exclu ("L’Argentine dindon de la farce", 14/08/07). L’histoire nous dira si l’Irlande peut démentir ce qu’on pouvait déjà sentir ("Une page de publicité", 18/08/07).
J’ai écouté l’émission "Rugby et compagnie" ce soir sur Sud Radio, c’était plutôt agréable. Quelqu’un y a bien résumé la situation des Irlandais, je crois que c’était l’excellent Jérôme Cazalbou (autre chose que de se taper Giraldi) : "Les Irlandais se sont embourgeoisés". Bougés comme ils ont été par le pack français, je ne les vois pas redresser la situation face aux Argentins. Après les histoires de bonus dans un sens ou dans l’autre, on s'en fout : les Pumas méritent leur qualification, et s’ils gagnent l’Irlande, la première place. Point barre.
France – Géorgie ? J’y reviendrai dans la semaine. Que les Français ne se voient pas en quart de finale tout de suite, quand même…
Mais ils joueront quand même les Géorgiens quatre jours (encore !!!) après la véritable affiche de cette poule, contre la Namibie.
Ces deux nations respirent le rugby et ont très peu de moyens. Elles ont montré de belles valeurs, de réelles dispositions, elles vont jouer l’avenir de leur rugby mercredi soir. Je ne le verrai sans doute pas en direct, mais voilà une rencontre que je vais à coup sûr enregistrer. Je la verrai peut-être avant le Géorgie – France. Ou peut-être dans six mois, un verre d’Armagnac à la main… Mais je ne la raterai pas.
Toujours dans cette émission de Sud Radio, j’ai écouté avec beaucoup d’émotion Henry Broncan venu parler de cette sélection géorgienne. Allez voir : il interviendra chaque soir de cette semaine sur cette antenne. Je n’ai pas les détails, le site web de Sud Radio est loin d’être clair sur les horaires de ses programmes pendant la coupe du monde. Actuellement, ce doit être entre 21h et 23h quelque chose comme ça, et j’ai entendu Henry un peu après 22h. Ce sera sans doute les mêmes horaires demain et les autres jours.
Bref, votre sorcier s’est exprimé un peu sur cette équipe qu’il conseille à la fois de loin et de très près, juste après avoir fustigé la pression des médias français autour de cette sélection de la Géorgie, depuis vendredi, sans cesse pour parler du prochain Géorgie – France. Aucun respect de la part de ces ignares opportunistes avides de faire mousser au maximum le match contre les Bleus.  Franchement, je le dis gravement : heureusement qu'ils ont pris Broncan avec eux, ils va leur permettre de rester concentré sur la Namibie. C'était marrant à la radio : on entendait les Géorgiens chanter pendant que Broncan parlait au téléphone. "On fait une soirée chant entre nous" a expliqué le Gersois. "Pareil demain, mais avec des chants religieux. Y'a même un pope qui vient les voir".
Bref, comparant les Géorgiens avec les Auscitains, Broncan a dit un peu plus : "Ils ont d’ailleurs les mêmes couleurs de maillots, et le même amour du maillot". J'en avais la chair de poule.
Un match : Géorgie – Namibie
Deux rendez-vous : Argentine – Irlande et France – Géorgie.

Ah, au fait, puisqu’on s’intéresse beaucoup à la vie privée des joueurs dans cette coupe du monde (je vais pas vous faire un best of, ça encombre déjà suffisamment le paysage…), une petite anecdote pour conclure ce « A la vie, à la mort » :

Coupe du Monde - 23/09/2007 - 18:09

Faire 360 kilomètres en voiture dans la nuit du vendredi au samedi n'est pas la meilleure façon de préparer un match contre l'Australie prévu le dimanche...
Pourtant, ça en valait la peine... Parti tard le vendredi de l'hôtel ou résidait son équipe près de Montpellier, le capitaine des Fijdi et Clermontois Seremaia Baï est arrivé au petit matin à Clermont-Ferrand pour assister sa femme qui donnait naissance à leur 3e fils, prénommé Isaiah. "Je n'ai pas beaucoup dormi, ce n'était pas la meilleure préparation. C'était long, mais je suis heureux car je suis arrivé à temps pour être avec ma femme", a-t-il indiqué.

Il faudrait lui faire la fête et je serai tenté de dire : Bal à papa et barbapapa pour Baï papa. Oui, bon, ça vient de loin mais si on peut plus se laisser aller…

Et enfin quelques liens, parce que cette semaine, j’aimerais voir du jeu :
Je ne m'en lasse jamais.
Celui-ci n'est pas mal non plus.
Là c'est une avalanche des îles de la RWC2003.
Et celui-là, on l’oublie un peu à côté de « l’essai du siècle » de ce même match de 1973, et pourtant il vaut le détour.
J'aimerais aussi voir de gros matchs, avec cette envie et cet allant.

PS : 11 nationalités différentes recensées aujourd'hui sur le blog (EU, Australie, Pays-bas, Suède, Canada, Royaume-Uni, Espagne, Burkina Faso, Maroc et même huit internautes allemands) : que pasa ?

RePS : Je vous avais expliqué que j'avais sorti la rubrique Liens, qui faisait de l'ombre à celle de Roger. Et puis, au fur et à mesure de mes pérégrinations, je tombe sur d'autres blogs très bien faits. C'est d'ailleurs une bonne surprise de cette coupe du monde, la vie de cette RWC sur le web. Faut dire que TF1 aide beaucoup…
Donc, je recommande à nouveau une liste de liens de blogs sympas à (re)découvrir. La Question de Roger sera moins visible ? Tant mieux finalement : ça se mérite !


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dimanche 23 septembre 2007

Beaucoup de tête dans ce pied

Que LE geste du match France – Irlande soit dans un coup de pied est quelque peu déstabilisant pour un type comme moi. Non pas que le jeu au pied n’ait pas sa place dans le rugby, au contraire il en est l’essence même. D’ailleurs, au début de ce sport, une fois le jeu à la main autorisé, les points ont continué longtemps à ne se marquer qu’au pied : il s’agissait de s’approcher au plus près des poteaux adverses pour mettre en position le buteur. L’essai n’est venu qu’après.
C’était d’ailleurs dans la logique des règles ancestrales : ce n’est pas le fait que j’ai porté ce ballon à la main qui a surpris, c’est que je le porte en avançant ! Jusqu’alors, les règles du football, dont le rugby est un dérivé (on parle de football rugby non ?) le permettaient, mais encore fallait-il reculer (les adversaires n'avaient pas le droit d'avancer au-delà du point où le ballon avait été pris), puis pointer la balle où la placer pour qu'un coéquipier la botte.
Cela étant, le jeu au pied contemporain est assez désarçonnant. Pour rester sur ce France – Irlande, j’ai du mal à trouver esthétique cette série de renvoi de la baballe entre les deux camps en première période. Avant, un bon jeu au pied, c’était quand on trouvait la touche, maintenant c’est le contraire !
Et puis, il y a l’autre côté, avec ce geste fantastique de Michalak, d’un point de vue technique mais aussi tactique, puisque ce n’est certainement pas un hasard si Clerc s’est trouvé quasiment seul à la réception.
Bref, l’équipe de France gagne, bénéficie d’un pack très, très costaud, est très performante en défense (qui se souvient d’une action dangereuse des irlandais ?) etc. Pour le reste, on sera fixé bientôt.

Un peu déçu par les Samoas, trop frustres pour ne pas profiter d’une réelle opportunité de faire tomber les Anglais, et les Fidjiens, mais là, c’est davantage dû à une impressionnante équipe australienne.

Sinon, Pierrick a adoré la façon dont son Chabal s’est joué de nous tous, et surtout des médias, par cette annonce de nouvelle coupe. Moi aussi.

D’ailleurs, une idée n’est venue à son propos cette nuit, comme une illumination. Et si Laporte avait gardé dans un coin de sa tête une terrifiante arme secrète : Chabal en 8, annoncé au dernier moment ?

Pour finir, le Barbu (je parle du nôtre, celui d'en haut - ça me fait drôle de devoir préciser -, pas de Chabal), qui aime bien l’humour mais pas trop, n’a que très peu apprécié cette initiative américaine.
Il est en train de se chercher un avocat !

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vendredi 21 septembre 2007

Le vert est dans le fruit interdit

"Les Irlandais ont perdu bien des batailles, mais jamais craint la défaite, seulement la résignation". Cette formule de Jean Lacouture me semble à la fois bien résumer l’âme irlandaise et, a contrario, les risques qui pèsent sur le XV de France qui en a gagné des batailles célèbres, mais qui, un funeste vendredi de septembre, a aussi montré qu’il pouvait craindre la défaite et faire preuve d’une forme de résignation, au moins tactique.
Entre ces deux nations, mon cœur balance. Si mon corps est resté ad vitam eternam dans la patrie de Voltaire et de Victor Hugo, il existait déjà avant de naître dans celle d’Oscar Wilde et de Bernard Shaw. Allez, je peux commencer à vous faire quelques confidences : j’ai du sang irlandais dans ce qui fut mes veines, et ce ne fut pas complètement un hasard si un jour j’ai ramassé ce diable de ballon, à l’époque rond comme ma pomme après une grosse troisième mi-temps. De sorte que gamin, j’avais déjà tâté du "cad" avec mes cousins, qui pourrait s’apparenter non pas à un ancêtre du sport, mais quand même à un dérivé de ce jeu dangereux qui s’est décliné un peu partout depuis les Romains, chez vous avec la Soule.

L’Irlande, c’est d’abord un stade, Lansdowne road, que je n’ai découvert qu’en 1961. Jusqu’alors, de ma tombe oubliée, j’en avais entendu parler, sans en saisir la caractéristique. Ce qui me démangeait à l’époque (entre autres…), c’était surtout les raisons qui faisaient que le XV au Trèfle jouait dans cette petite enceinte alors que le Croke Park Stadium était plus approprié.
Vous avez tous entendu parler cet hiver, lors du dernier Tournoi, de ce terrible 21 novembre 1920 durant lequel, j’ai encore peine à le dire, l’armée britannique tira sur la foule dans le stade de Croke Park, faisant 14 victimes, dont deux enfants et un joueur de Dublin. Ce même jour, le tristement célèbre "Bloddy Sunday", 30 personnes furent tuées parmi les deux communautés en guerre. Depuis, il avait été décidé que plus jamais une équipe anglaise ne foulerait cette pelouse.
Même si c’est pour une raison bien vénale – détruire Lansdowne road pour faire un stade avec des loges -, ce "jamais" n’aura pas duré. Pas étonnant : jamais et toujours sont des mots pour nous là-haut, pas pour vous qui n’en avez pas idée. Passons.
Lansdowne road, ses tribunes et même ses sièges en bois, ses spectateurs pouvant respirer le même air que leurs joueurs, sa ligne de chemin de fer qui passe sous la pelouse, tout ça, c'est terminé.

L’Irlande, ce sont aussi de sacrés guerriers, terribles combattants, qui par exemple ont toujours réussi à sortir de sacrés talonneurs. Vous en connaissez tous, plutôt que revenir sur celui des années 90 (qui ?), ou des années 80 (qui ?), rappelez-vous les 70's et ce diable de Kennedy, qui ne s’arrêtait jamais avant le coup de sifflet final. J’ai retrouvé avec une certaine émotion une vidéo d’un match auquel j’avais à l’époque assisté, France – Irlande 1968. Roger était déjà là, mais à l’époque, on ne se connaissait pas.
J’ai choisi cet extrait (il y a dix minutes mais vous pouvez voir le match en entier,… en payant) pour différentes raisons. Pour Ken Kennedy d’abord, diable vert en chef, qui peut résumer par son jeu ce à quoi les Français doivent s’attendre au Stade de France.
Pour Roger ensuite, parce que c’est amusant de le réécouter ainsi, s’extasier devant son "stylo"  spécial qui permet d’insérer la composition d’équipe sur l’écran TV, mais aussi parce qu’il lui arrive quelques trucs à la fin. Lui aussi en rigole maintenant surtout que cette cuvée 1968 du Tournoi fut pour les Bleus énorme, puisqu’ils conquièrent, contre toute surprise, leur premier grand Chlem.
Roger encore, parce que ça me permet de rappeler au passage que notre cher Couderc n’allait pas tarder à vivre après cette épopée une traversée du désert de sept ans, puisqu’il fut viré de l’ORTF après mai 1968. Pourquoi ? On se le demande encore.

Cet extrait aussi pour revoir des trucs qui me remontent un peu le moral ce soir. Ces mêlées improbables. Ces touches impossibles. Cette lenteur, ce combat, la tenue de l’arbitre, qu’on prend pour un joueur français etc. Charmant isn’t it ?

 

Et aussi parce qu’il m’était difficile de trouver des images du seul grand Chlem du XV d’Irlande, ce qui est d’autant plus regrettable que celui-là, je ne l’ai pas vécu. Bin oui, en 1948, j’étais encore complètement oublié dans ma concession de Menton.

Un qui l’a connu par contre ce grand Chlem 48, qui en fut même le principal artisan puisque tout le jeu du trèfle était basé sur le sien, c’est Jack Kyle, certainement le meilleur arrière que cette sélection n’ait jamais connu. C’était un prêcheur laïque protestant de Belfast, qui n’avait pas son pareil pour endormir les défenses avant de surgir comme un fauve (j’allais dire un Puma !). Quand il avait le maillot vert sur les épaules, il devenait surtout le premier des Irlandais, toute religion confondue.
Tout ça pour dire que les trois-quarts irlandais, ben ils ont tous un peu de Jack Kyle en eux si vous voyez ce que je veux dire. Et si vous n’avez pas compris, retenez ce que disait Kyle : "En Irlande, l’inévitable n’advient jamais, mais l’inattendu arrive souvent."

Alors, ce match France – Irlande, dans ce rugby qui n’a plus rien en commun si ce n’est la passion, je ne sais trop quoi en penser. Demain, à pareille heure, certains seront lynchés ou encensés. Lesquels ?
Je n’ai rien à dire sur les compositions. Tout juste me suis-je fait la réflexion qu’Ibanez a dû briefer ses coéquipiers sur le jeune Eoin Reddan. Je signale juste qu’avant de mettre sur la touche Stringer en sélection d’Irlande, Reddan a pris la place de Dawson aux Wasps… Tous deux sont certes vieillissants mais quand même.
Les deux charnières ont un rôle terrible à jouer, ça va être intéressant. Mais le match va se jouer selon moi dans les prestations de la deuxième ligne irlandaise et de la troisième ligne française.

Un pronostic ?
Juste pour dire que pour trois petits points d’avance sur l’Irlande, la France a gagné le Tournoi 2007. L’Irlande a gagné en Ecosse, au Pays de Galles, en Italie, et a mis 40 points aux Anglais à Croke Park. Elissalde a raison de se montrer méfiant.

Mais les Bleus aussi, ont une histoire et des moyens. Petit florilège non exhaustif et complètement subjectif : ça. Et puis ça. Et encore ça. Ah, j’allais oublier ça. Mais mon préféré, c’est celui-là.

Quant au soit-disant nouveau look de Chabal, hum… Pierrick, pour une fois pas rassuré, me souffle à l’oreille : "Il ne connaît pas l’histoire de Samson ?". Allons, Pierrick, allons, tu te trompes d’époque : au XXI° siècle, Dieu est mort, il a été remplacé par Mark Eting. Et Sébastien est beaucoup plus malin que ton Samson.

Voilà pour moi.
La dernière fois en RWC, ça s’était passé comme ça. Bon match. Que le meilleur gagne.

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mardi 18 septembre 2007

Ovale épicé à l’africaine

Je ne vais pas revenir longuement sur ce France – Namibie, d’autant qu’il n’y a pas grand-chose à en dire, car peu d’enseignements à en tirer. Quel dommage que les Africains aient été si rapidement réduits à quatorze (et non à dix comme l’a dit l’autre jour le commentateur de TF1, je crois lors du match Samoa – Tonga) ! La suite ne fut donc qu’un entraînement amélioré (je ne vous cache pas que j'ai zappé deux ou trois fois pour voir Bacri et ses acolytes sur la 2 dans "Un air de famille" toujours délectable. Tiens, ça en a inspiré certains. Et d'autres. Rien trouvé sur la version originale mais ça doit être parce que Bacri est assez à cheval sur tout ce qui est propriété intellectuelle. Et, ce qu'on reproche à des rentiers type IRB, on ne saurait le faire à un créateur).
Si les Namibiens n’ont rien lâché, l'intérêt devenait faible puisqu'il n’y avait plus aucune issue tactique tant les décalages étaient omniprésents. Un peu comme NZ - Portugal. Au moins aura-t-on vu quelques beaux mouvements (et oui, ils peuvent le faire !), de l'envie et de jolis passes. Retenons donc surtout l’entame du match, sérieuse, enjouée, avec un Marty qui m’a d’abord joliment surpris (alors que j’aurais, si j’étais à la place du sélectionneur, fait passer au moins deux autres joueurs avant lui dans les 30) avant de sortir inexplicablement de son match pendant un bon quart d’heure.
Que retenir ?
Sur Marty, je ne sais pas. Sur qui mettre au centre, je ne sais pas.
Que je ne vois pas comment on pourrait se passer de Dusautoir, Nallet, Elissalde, Clerc. Que j’aimerais voir Michalak en 10, même si l’option Beauxis n’est pas à jeter, et Chabal en 8. A l’arrière, je laisse à Bernie le soin de choisir parmi les hommes qu'il a choisis : qu'on prenne le meilleur sous les chandelles !
Qui vivra verra ! Enfin, façon de parler.

Cette RWC continue en tout cas de susciter en moi des sentiments ambyvalents. Déjà, dimanche, le fait d’être contraint d’écouter les commentaires de Giraldi m’a mis de mauvaise humeur. Dans ces cas-là, la catastrophe en général, c’est que le téléviseur lâche au moment fatidique. Ne souriez pas, c’est déjà arrivé. Je me souviens par exemple d’un gros moment de tension en 1998 quand, après avoir marché parfaitement pendant un long apéro, une TV joliment installée sous une tonnelle où s’étaient réunis une belle bande de coquins et coquines, s’était mise dans la tête de capter la télé australienne plutôt que (déjà !) TF1. Le problème s’était heureusement réglé mais nous (comprendre la bande en question dont faisait partie mon "véhicule" de l'époque) eûmes droit à dix minutes à déconseiller à tous les fragiles du palpitant !
Cette fois, la TV était impec mais c’est la radio qui a lâché… Va donc pour Giraldi que j’ai finalement et assez rapidement, zappé de mon esprit. Ça m’a au moins donné l’occasion d’apprécier les commentaires de Thierry Lacroix, plutôt éclairants cette fois-là.
Et puis, il y a toujours ces histoires de couverture TV (Eurosport qui déprogramme Samoa – Tonga au dernier moment – une heure de différé - , sans prévenir personne, pour passer un grand prix de Formule 1 dont on a rien à faire. Même Fangio et Senna, au rendez-vous de la RWC à notre cercle, n’ont que peu apprécié…).

Reste qu’il y a quand même un vrai engouement gratuit (le mot est lâché même s'il paraît un peu incongru) autour de la compétition, plutôt rassurant. D’autant que l’état d’esprit propre à l’ovale, tant kidnappé par les annonceurs de tout poil (tiens, il paraît que Chabal va faire de la pub pour des friandises…), conserve une réelle assise, en dépit du professionnalisme. Ainsi, malgré l’élargissement à un public néophyte voire inculte, le même plaisir, la même convivialité semblent se partager sans difficulté. Bon, ils pourraient nous lâcher la grappe de temps en temps avec leurs sempiternelles Ola que personnellement, je ne supporte plus du moins quand je suis en tribune (quand je suis devant la TV, ça m’indiffère). Mais il vaut mieux ça que des concours de bras levés ou de lancers de canettes…

Sur le terrain, ça va aussi merci.
Les Français ont cette fois fait la haie d’honneur à leurs adversaires à la fin du match. Evidemment, c’est toujours plus facile quand on est vainqueur. A noter cependant que, contre l’Argentine, ce ne fut pas le cas et que c’est, pour le moment, la seule exception de la compétition… Cela étant, on leur pardonne : c’était le premier match, la désillusion a été terrible, bref, ils n’y ont pas pensé. Dommage quand même, ça aurait été splendide.

Les Blacks eux, se sont piqués à jouer au foot avec les Portugais. Quand on y pense, c’est assez fabuleux cette histoire. Surtout à une époque où une escapade en ski ou en VTT peut avoir de terribles conséquences. Que certains prônent de ne plus programmer les matchs des Barbarians parce que dangereux alors que sans enjeu (c’est justement parce qu’il n’y en a pas qu’il faut les garder bande d’ignares !). Que des clubs empêchent (comme au foot, sauf qu’au rugby ils y arrivent) leurs joueurs-salariés de se rendre à une convocation de leur sélection nationale (ce fut notamment le cas, évidemment à l’égard des « petites nations », lors de la RWC 2003) pour éviter de les user, etc. Vive les Blacks. Et bravo aux rugbymen portugais qui ne savent pas que taper des drops (ils ont placé le premier de la compétition) avec leurs pieds (victoire 2 à 1).

Les Argentins eux, ont eu une autre initiative, du même acabit : ce soir, ils auront des sparring-partners un peu particuliers lors de leur entraînement à Villeurbanne : les enfants des écoles de rugby locales vont en effet participer à leur entraînement !

Avec les Africains du Sud, comment ne pas citer le génial Bryan Habana ? Vous vous rappelez que j’ai évoqué ici le 11/09 dernier (« Bienvenue dans le désert du réel ») le festival ovale. L’autre jour, Johnny Clegg s’y produisait, à Noisy-le-Grand, le soir d’Afrique du Sud – Angleterre. Le chanteur noir / blanc avait bien sûr juste avant assisté au Stade de France au triomphe des siens. Et bien l’ailier métis lui a en quelque sorte rendu la pareille en se rendant avec sa copine à ladite fête. Je vous livre le reste paru dans une dépêche :
« Ce qu’il fait pour notre pays est exceptionnel, nous a ainsi livré le joueur accueilli par des Noisiens aux anges. C’est la première fois que je le vois et je suis tout excité. » A l’issue du concert les deux hommes ont échangé quelques mots. « Hier nous avons gagné, aujourd’hui nous allons fêter la victoire », a plaisanté le chanteur.

Tiens, à propos de l’Afrique, en voilà des malins qui ont résolu un problème : comment avoir un ballon de rugby quand les ronds promis par l’IRB ne sont pas arrivés ?
Promis : si la France perd contre l’Irlande, je finis les matchs de poule au Gabon : au moins, ils rigolent !

PS : marrante, cette banda Gotso, qui n’en est pas à son coup d’essai. Dans toutes les chansons de daube qu’on a eu depuis le début de la RWC (même Moscato s’y est mis ! Heureusement, lui n’est pas sérieux et ne s’en cache pas), celle qu'ils consacrent à Chabal (même lien) est certainement la plus rigolote.

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dimanche 16 septembre 2007

Droits de mirage

J’ai du mal à comprendre les critiques qui se sont portées sur TF1 à propos de la diffusion d’images du vestiaire du XV de France avant et après la rencontre contre l’Argentine. Comprenez-moi : bien évidemment, je suis contre ces intrusions complètement hors de propos. Le vestiaire doit demeurer mystérieux et je pense même qu’il devrait être interdit aux journalistes écrits, people, politiques etc. Même sans caméras. Mais bon, je suis de l'ancienne école…
Mais, que je sache, TF1 ne fait que son métier. On peut penser ce qu’on veut de ce métier, mais ça c’est autre chose.
Qui a imposé les caméras dans les vestiaires des clubs de foot puis de rugby ? Canal +. Qui a fait passer les images du vestiaire de l’équipe de France lors de la mi-temps du France – Italie 2002 ? France 2. Qui a autorisé ces caméras à pénétrer dans les vestiaires ? Pour le Top14, la LNR. Et, sacrilège suprême, pour le XV de France, la FFR. Alors, franchement, voir la FFR s’étonner ensuite que TF1 diffuse ces images alors qu’elle a donné son accord… Certes, il semble qu’il n’était pas expressément prévu que ces images soient diffusées sitôt après le match, mais après la compétition. Ce n’est pas un mince détail. Mais il me semble qu’on a entendu sur cette affaire trop de vierges effarouchées. J’ai par exemple entendu Vincent Moscato et Philippe Saint-André (pas d’équivoque, je les adore les deux) à ce propos sur RMC l’autre jour. Ils étaient très sincères, s’offusquaient, regrettaient ce viol. Mais ont omis d’évoquer un point : ces caméras, il a bien fallu que quelqu’un les laisse entrer non ? Alors, allons au bout du raisonnement.
De toute façon, les vierges effarouchées ne sont plus ce qu’elles étaient. Par exemple, savez-vous que votre Jeanne d’Arc a eu en fait mari et enfants ? Quant aux vraies vierges, elles ne font pas avancer le débat si je m'en réfère au bon mot de Jean-Pierre Rives lors d'un banquet d'après match du Tournoi de la belle époque (anecdote rappelée l'autre jour, toujours sur RMC, par Jean-Baptiste Lafond) : "Il y a trois choses qui ne servent à rien dans la vie : les seins d'une nonne, les couilles d'un curé, et le sifflet d'un arbitre  !".
Bon, revenons à nos moutons (enfin, pas ceux de Domrémy parce qu’il paraît que Jeanne n’était pas non plus bergère ! Faudra que je pense à en parler avec elle de tout ça).

TF1 est par ailleurs loin d'être exempt de tout reproche, sur d'autres points. Sa couverture de la coupe du monde est en effet lamentable. D’un point de vue technique d’abord (plans et commentaires), et puis surtout par son choix délibéré de passer la plupart des rencontres sur le câble. Mais là aussi, une question : qui a choisi TF1 ? Qui ne lui a pas imposé une meilleure couverture ? Qui a fait le choix de cet opérateur, qui veut rentabiliser au maximum son investissement en encombrant au minimum sa grille de programme ? Pourtant, s’ils sont moins glamours, les Fidji – Japon, Etats-Unis – Tonga, Irlande  - Géorgie etc. intéressent au plus haut point les passionnés de rugby, ceux dont on a décidé de se foutre. Mais ce « on », encore une fois, ce serait une erreur de le limiter à TF1. A la FFR, on peut aussi ajouter l’IRB qui se fout comme des circonstances de sa création (suite à un essai litigieux en 1884 entre l’Ecosse et l’Angleterre, l’idée s’imposa de créer une instance neutre permettant de gérer tout litige ; ce fut fait en 1886), de la cohérence éthique de la diffusion des matchs de la coupe du monde dans le bas-monde du rugby.

L'IRB qui aussi défend bec et ongles ses droits TV. Non content de faire payer les places de parking d'une université qui les lui prête gracieusement pendant la compétition (1), THE institution garde un œil sur ses droits TV comme un vieux célibataire aigri et orgueilleux vivant seul à compter les fruits de son héritage dans son château écossais. Des internautes sont ainsi poursuivis pour avoir mis en ligne dans les serveurs spécialisés (dailymotion, youtube etc.) des extraits de match sans acquitter les fameux droits.
Cette référence écossaise est un peu grosse, je l'avoue. Mais c'était pour amener une anecdote racontée l'autre jour par Pierre Salviac (désolé, je ne me rappelle plus où) à propos de l'ancien stade d'Eden Park en Nouvelle-Zélande, celui où la France s'est imposée pour la première fois en ces terres, le 14 juillet 1979. Avant sa rénovation, le stade d'Auckland n'était pas fermé et avait la caractéristique d'être bordé par la propriété d'une vieille femme. Elle avait fait construire une tribune dans son jardin qu'elle louait en parallèle. Comme la place y était moins chère, on l'appelait "la tribune des Ecossais".
Bon allez, je vais redorer leur blason, à ces diables d'Ecossais, à qui je souhaite bonne chance pour leur rendez-vous avec les Italiens, en vous remémorant cet article relatant un France Ecosse en 1958. C'est-à-dire un des premiers que j'ai lu après ma mort puisque c'est l'année où on a retrouvé ma tombe. Il est signé Léopold (c'est-à-dire Marcel Bordenave) dans l'Equipe : "Le combat s'engagea. Quelle distribution de pain béni, macarelle ! Ça tombait comme à Gravelotte, ces diables d'avants écossais ne reculaient pas d'un centimètre et se battaient comme des tigres. On n'en donnerait pourtant pas quatre sous de ces gaillards ! Maigres, efflanqués, sous leurs flottants d'une autre époque, ils ne paient vraiment pas de mine. Mais va donc te fier aux apparences ! Et qu'importe l'esthétique s'il y a l'habileté et la "sanquette" ? De ça, ils en avaient à revendre les "chardonnerets" ! Toujours sur la balle, la précédant souvent même, on sentait que rien ni personne ne leur faisaient peur et qu'il était assez imprudent de laisser traîner ses abattis devant leurs godasses".

Bon, revenons une fois de plus à nos moutons, c'est-à-dire l'IRB, pour évoquer un cas, celui de la Namibie. Même s'il y a longtemps que tous les moutons y ont été bouffés par les lions.

Car cette politique de l'argent envers et contre tout, est aussi vraie à l'étranger : alors que le pays est membre de l’IRB, aucune chaîne namibienne n’a pu acquérir les droits TV. Logique implacable : pas de match.

En France, les joueurs namibiens pensaient quand même pouvoir regarder les autres matchs. Pauvres naïfs… Installés dans leur camp de base de La Ciotat, ils n’avaient pas pensé à demander Eurosport dans leur hôtel… "Nous n’arrivons pas à voir tous les matchs, toutes les chaînes ne les diffusent pas, c’est un peu décevant", a regretté hier le flanker Michael McKenzie devant la presse. "C’est la Coupe du monde ici et nous devons nous battre pour voir les matches !". Fou non ?

Venons-en maintenant au terrain. Après leurs belles premières prestations, on pouvait penser que les petites équipes auraient du mal à enchaîner leur deuxième rencontre, d’autant qu’on ne s’est pas vraiment beaucoup préoccupé de leurs conditions de récupération. Quoique très diminués et jouant quatre jours après avoir rencontré les Australiens, les Japonais ont tenu tête aux Fidjiens et auraient même pu (dû ?) l’emporter. Un vrai exploit pour ce pays alors qu’il y a sur le papier une classe d’écart (pour donner un ordre de comparaison, on dirait que le Japon, c'est Blagnac, les Fidji… Agen (!), et l'équipe de France… Toulouse !
Bis repetita hier soir avec la Géorgie (qui a la moyenne d'âge la plus jeune du Tournoi, 26 ans), placée à la même enseigne que les Nippons (deux matchs en quatre jours !) : elle a fait douté l’Irlande et les joueurs sont sortis de Chaban-Delmas comme des seigneurs, après avoir été applaudis longtemps après le coup de sifflet final (les Irlandais eux, n'ont pas traîné). Gloire à eux ! (attention : on ne peut pas visionner sur le net les petits clips-résumés d'Eurosport dans tous les pays, ni même dans les DOM-TOM !). Et soit dit en passant, bravo à ce fantastique public qui, sur tous les stades, fait honneur à notre sport.
La Namibie aussi jouera certainement tout à l’heure à fond les manettes. Une belle victoire des Bleus n’en serait que plus intéressante.

La leçon du week-end est dure pour le Nord. Que dire sur mes compatriotes anglais ? Que le sort s’acharne sur eux ? Oui, mais pas seulement. A contrario, on comprend que, sans imagination, impossible de battre le Sud.
Que dire de ces valeureux Gallois ? Qu’ils ne sont pas passés s’y loin que ça de l’exploit ? Oui, mais pas seulement. A contrario, on comprend que, sans une grande défense, impossible de battre le Sud.
Les Bleus peuvent réunir ces deux conditions. Et si j'ai fait une référence au 14/07/1977, ce n'est pas que pour faire plaisir à Roger et l'inciter à reprendre sa rubrique (il a un peu le moral dans les chaussettes depuis France - Argentine, je compte sur les joueurs pour remédier à ça). C'est aussi parce que j'ai une petite idée derrière la tête.
Encore faut-il d'abord qu'ils se qualifient.



(1) Fil info rugbyrama :

Coupe du Monde - 14/09/2007 - 18:28

Les parkings bien chers

L'université de Bordeaux 2 réclame "la transparence" au sujet de 700 à 800 places de parking qu'elle met "gracieusement" à disposition du comité d'organisation du Mondial.

"Nous réclamons la transparence de la part du comité d'organisation pour savoir si ces places ont effectivement été facturées et combien l'ont été", a expliqué son présient Bernard Bégaud. Mercredi, la députée PS Michèle Delaunay, présidente du conseil d'administration de l'hôpital psychiatrique Charles Perrens, avait dénoncé la facturation aux utilisateurs par le comité d'organisation, à hauteur de 20 euros par match, les 250 places mises gratuitement à disposition par l'établissement.

Ces places servent à "répondre à la demande de populations telles que: journalistes accrédités ou sponsors", a indiqué vendredi le comité d'organisation. "Le CO ne fait pas payer les places de parking mais les frais de gestion liés à la prestation ainsi que les services associés", a précisé Elisabeth Baylis, responsable des relations presse, confirmant la somme de 20 euros déboursée par les utilisateurs.

Si ces places étaient effectivement payantes sur le parking de l'université, "nous demanderons que cet argent soit versé à une noble cause, comme la recherche", a indiqué M. Bégaud.

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vendredi 14 septembre 2007

L’arroseur arrosé ?

Il y a quelques mois, l’IRB a décerné l’organisation de la RWC 2011 à la Nouvelle-Zélande. Un choix discutable et à l’époque discuté, fruit davantage de la politique politicienne que d’une politique de développement.
Les principaux concurrents à l’époque de la Nouvelle-Zélande était l’Afrique du Sud – hypothèse purement théorique dans la mesure où la RWC 1995 n’est pas loin et que les Boks ont celle de la FWC en 2010 – et surtout le Japon.
La candidature nippone était très séduisante. Le dossier en lui-même était très solide. D’un point de vue culturel d’abord : j’ai déjà évoqué ici le fait que le Japon est une nation historique du rugby, même si ses résultats ne sont pas à la hauteur de cette histoire. La principale raison est d’ordre physiologique, mais aussi culturelle car le rugbyman japonais est traditionnellement naïf. Je me rappelle l’an passé avoir vu un reportage (je crois que c’était sur Stade 2) à l’époque où Jean-Pierre Elissalde les entraînait, où un joueur faisait part de son désarroi face aux « ficelles » que le Rochelo-Bayonnais tentait de leur apprendre. Comprenez bien : le Japonais joue dans l’esprit et dans la règle, et ne comprend même pas qu’on puisse envisager de faire autrement. D’ailleurs, tous les arbitres internationaux qui les ont joués vous le confirmeront : il n’y a pas plus clair et obéissant sur un terrain qu’un rugbyman nippon. On va pas le leur reprocher quand même ? Enfin bref.
Toujours dans le même point, et même si l’organisation du rugby japonais est très particulier (avec des équipes franchises de grosses entreprises), il faut voir le succès populaire que l’ovale connaît là-bas. Soyons franc : ce ne fut pas toujours le cas. Mais depuis l’ère moderne, les stades sont régulièrement remplis, et pas qu’un peu : 50.000 personnes pour leur finale du championnat.
Economiquement ensuite. Je passe sur les détails, mais le poids du Japon est autrement plus important que celui de la Nouvelle-Zélande. Quand la candidature japonaise était encore possible, j’avais lu (je crois dans l’Equipe magazine) que le chiffre d’affaires d’une (Toyota ou un truc dans le genre) des douze entreprises qui faisaient partie du comité de soutien de la Fédération japonaise de rugby (JRFU) était quatre fois plus important que le PIB de la Nouvelle-Zélande !!!
Au niveau des structures, il n’y avait non plus rien à dire : des stades flambant neufs (les mêmes qui ont servi à la coupe du monde de football 2002), des modes de déplacement et d’accueil optimales etc. Au contraire de la Nouvelle-Zélande qui va devoir refaire quasiment tous ses stades… Et n'en a guère les moyens. D'ailleurs, certains commencent à évoquer la possibilité que, finalement, elle l'organise conjointement avec l'Australie).
Le choix du Japon aurait par ailleurs été un signe fort du rugby mondial à l’adresse justement du monde, et notamment du tiers-monde du rugby : non, l’ovale n’appartient pas qu’aux nantis (qui ont oublié depuis longtemps d’où ils venaient).
Que s’est-il alors passé ?
Je ne sais plus exactement à combien de voix la différence s’est faite en faveur de la Nouvelle-Zélande. Pas beaucoup, deux ou trois, il faudrait vérifier. L’Argentine a voté pour la Nouvelle-Zélande, pensant naïvement que la fédé black l’aiderait ensuite à intégrer le Tri-Nations. On sait ce qu’il en est.
Quant à la France, elle a également voté pour la candidature de la Nouvelle-Zélande. Plus exactement, la Fédération française de rugby, par le biais de son président, a voté en faveur de la NZ. J’apporte cette précision car un autre français votait ce jour-là : il s’agissait de Jean-Claude Baqué, président de la FIRA qui, bien évidemment, vota lui pour la candidature japonaise. Je dis bien évidemment car la FIRA est actuellement la seule institution internationale à réellement promouvoir le rugby hors de ses sentiers battus, j’y reviendrai certainement un autre jour.
Le vote de la FFR était, comme celui des Argentins, intéressé : pour parler clair, Bernard Lapasset vise la prochaine présidence de l’IRB (il a le droit d’avoir cette ambition bien sûr), et a, en quelque sorte, monnayé son vote. Le problème, c’est que ce n’est pas le sien, mais le nôtre.
Pourquoi je m’étends sur cette question ?
Parce que l’argument officiel (pour ne pas dire fallacieux) à l’époque pour refuser la candidature du Japon, était de dire qu’il n’était pas possible d’organiser une coupe du monde dans un pays qui n’était pas capable d’atteindre les quarts de finale de la compétition. Vous voyez où je veux en venir ?
Et bien oui, c’est l’histoire de l’arroseur arrosé. La France, grand pays de rugby s’il en est, pays organisateur de la Vième coupe du monde, est en position – à l’heure où ces lignes sont écrites – de rester en rade dès la phase préliminaire. J’espère évidemment de tout cœur qu’elle va battre la Namibie, l’Irlande, et la Géorgie. Mais, franchement, vous vous rendez compte de la situation ? Du cataclysme potentiel ? Et pour 2015, on va l’organiser où cette coupe du monde ? En Argentine ? En Italie ? Aux îles Samoas ?
Je supporterai la France jusqu’au bout. Mais je me féliciterai toujours que les règles basiques du rugby – respect de l’adversaire, primauté du cœur et de la solidarité, joie de vivre sur un terrain – prévalent. Au jour d’aujourd’hui, l’Argentine peut atteindre les 1/2 finales voire même la finale. Qui s’en plaindra ? Pas moi.
D’autant qu’elle montre l’exemple à tous ces petits dont l’IRB se fout en permanence et qui, dans cette compétition, n’ont qu’un seul objectif : être digne de leurs glorieux adversaires. Tous sont en progrès, aucun n’a déçu (EUX !). Et pourtant, la pression, ils l’ont, eux aussi. Et en plus, l’IRB veut les interdire de participer la prochaine fois, on croit rêver.
Alors, pour l’Argentine, la Namibie, pour la Géorgie, pour les Samoas, pour les Tongas, pour les Fidji, pour la Roumanie, pour les Etats-Unis, pour le Canada, pour le Portugal, pour le Japon, pour l’Italie, hip hip hip ?


PS : Pour en finir avec ce France Argentine de triste mémoire, un mélange de mauvaise foi gasconne et d'un cri de désarroi politique et culturel par l'excellent Francis Marmande du Monde.

Posté par William WE à 00:37 - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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