Le blog de William Webb Ellis

On va moins parler de moi ces temps-ci. Voyons voir ça.

jeudi 27 septembre 2007

Le rugby français ne s’est jamais aussi bien porté

Ah, j’entends d’ici : « On commence à le connaître le Willy. L’humour britannique sans doute. L’art de lancer du chaud et du froid. Le genre ailier chétif qui vient foutre le bordel devant par un mauvais geste avant de s’éclipser… Bref, il vient se foutre de notre gueule. Il aime bien les Français, mais à la sauce menthe ».
Et bien non, je pense vraiment ce titre. Il parle du rugby français, pas de l’équipe de France.

Le professionnalisme à la sauce française marche, en tout cas aujourd’hui. C’est lui qui a le meilleur développement, à la fois économique avec des armadas qui peuvent aujourd’hui se payer, comme nulle part ailleurs, les meilleurs joueurs de la planète, mais aussi de jeu avec un encadrement (carcan juridique, création et suivi, avec le ministère, des centres de formation…) et un soutien (redistribution des droits TV jusqu’à la ProD2, aide financière, depuis cette année, aux promus) efficaces.

Le rugby français a toujours ouvert sa porte aux étrangers. Des noms célèbres ont joué dans les championnats domestiques. Il s’exporte aussi très bien. Depuis longtemps, les entraîneurs français portent la bonne parole hors de leurs frontières. Et pas que dans les nations majeures, bien au contraire !
Quant à l’équipe de France, elle s’est souvent tournée – c’est le mot – vers les pays émergeants. Sans les Bleus, contre qui l’Argentine aurait-elle régulièrement joué ces 30 dernières années ?

Cette richesse est flagrante dans nos championnats. Où jouent les Argentins ? Les Géorgiens ? Les Portugais ? Les Roumains ? Les Italiens ? Les Canadiens ? A part quelques exceptions, en France, dans les clubs pros mais aussi amateurs.
Cela ne va pas d’ailleurs sans problèmes. Ce n’est pas le débat ici.
Ces équipes sont quasiment les seules à avoir progresser depuis dix ans (bon, c'est moins vrai pour la Roumanie et le Canada mais bon), les Tri-Nations exceptées. On peut aussi citer l’Angleterre pour la période 2003, mais je voulais dire en termes de jeu… Le Pays de Galles peut-être.
Et dans le Sud ? Bof… On sait le peu d'entrain pour intégrer l'Argentine. Les Fidji, les Samoas, les Tongas, vivent dans le dénuement le plus total, économique et au niveau des structures, et stagnent. Les Tongas ont malgré tout l'air de tourner cette saison ; on va voir ce week-end si les Fidji ont progressé ; les Samoas ont finalement été décevant. Ces trois pays sont en tout cas superbement ignoré des fédérations du sud, et tout particulièrement de la Nouvelle-Zélande, ce qui est quand même un comble. Le Japon aussi est snobé. Bref, ça stagne.

Les progrès faits par ces pays émergeants, les joueurs la doivent en partie à l’expérience accumulée sur les terrains de France et de Navarre. Ils ont permis aux Argentins de réussir le coup de ce premier tour, et de se frayer une voie royale… taillée pour la France.
Ces progrès, ils vont aussi porter des Géorgiens pour lesquels le match de dimanche est une sorte de cerise sur un énorme gâteau.
La Géorgie est une petite nation du rugby, sans grands moyens. Henri Broncan disait l’autre soir sur Sud Radio que ce match de la Namibie était primordial car le président géorgien a promis d’injecter de l’argent dans le rugby (et d’abord pour qu’il y ait des stades !) en cas de victoire sur la Namibie.
L’ampleur du score m’a surpris, pas leur envie. Leur application en défense (avec des similitudes, me semble-t-il même si je n’ai vu pour le moment que des extraits, avec l’Argentine contre la France…) rappelle beaucoup la ProD2 française… Ces types-là jouent, avec leurs moyens et une énorme envie, très intelligemment.

Tout ça pour dire que le maître français, après s’être fait prendre par l’élève argentin, aurait tout intérêt à se méfier beaucoup de ces Géorgiens, même diminués pour jouer Namibi et France en quatre jours. La Géorgie va jouer avec beaucoup de fierté contre la France, elle voudra montrer son meilleur visage et terminer en beauté. Sans compter sur l’application de ceux qui sont actuellement sans club…
D’ailleurs, rappelons que la Géorgie peut encore se qualifier (ce qui, en soi, est déjà un exploit) : il lui suffit de battre la France avec le bonus offensif et compter sur l’Argentine pour tenir à distance l’Irlande. Si les Géorgiens avaient marqué le bonus offensif contre la Namibie (ils en ont quand même planté trois…), il leur suffirait de battre la France, même sans bonus…

Alors, franchement, parler des quatre essais que les Bleus vont leur mettre, et aussi des Blacks, des Blacks et des Blacks, ça me paraît un tantinet superflu. Ce match a pour le moment un je ne sais quoi du Barbarians - Argentine catastrophique après le Tournoi, fait pour faire jouer des joueurs qui avaient le moral dans les chaussettes de ne pas être dans le bon wagon. Vous savez tous ce qu'il en advint.
Il faudra s'imposer vite et bien.

Contre la Namibie, j’ai dit ne me fier qu’au premier quart d’heure, quand ils étaient 15. La France devait mener de deux essais à ce moment-là, c’est ça ?

Dis donc, tu vois pas qu’ils alignent Yachvili dimanche ?

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mardi 25 septembre 2007

Bal à papa et barbapapa pour Baï papa

Si on faisait un petit bilan ? Pas inutile avant d'attaquer la semaine sans doute la plus intéressante de ce premier tour, celle où la vie et la mort se jouent. Façon de parler bien entendu.

Par ordre alphabétique donc puisque c’est fait pour ça : poule A. Les îles Tonga seront-elles plus malines que les îles Samoas ? Il faut espérer pour mes amis anglais que non. Les Samoas m’ont déçu, trop confiants en eux et en leur force physique d’abord contre les Tongiens, ensuite contre des Anglais en réelle difficulté à l’heure de jeu. Michael Jones quitte son rôle de sélectionneur avec élégance et clairvoyance, comme il était joueur "Il est temps d'avoir du sang neuf et une nouvelle voix" a-t-il déclaré. Les Samoans voudront sans doute en être digne contre les Etats-Unis (qui se tapera les Sud-Af’ quatre jours après…). Pas sûr que j’ai le temps de voir ça : faut faire des choix.
Bref, un match à retenir : Angleterre  - Tonga.

Pour la poule B, Fidji – Pays de Galles. Affiche inédite au Millénium stadium, entre deux équipes qui ont quand même montré de belles choses même si elles ne sont pas constantes. Avantage pour moi aux Diables rouges, et pas seulement parce qu’ils jouent à domicile. Après, Canada – Japon n’est pas inintéressant, ne serait-ce que parce qu’il me rappelle quelque chose (voir « Willy au Saké, TV saquées » le 27 août dernier). Sauf que le Canada se farcira l’Australie… quatre jours après.
Un match : Fidji – Pays de Galles

Poule C : si je regarde encore un match dans cette poule, ce sera peut-être Roumanie – Portugal. Les hommes des Carpates n’ont pas droit à l’erreur face à de fiers amateurs Portugais. Alors, tout le monde va me bassiner avec Ecosse  - Italie. Ça va batailler c’est sûr. Ça vaut le déplacement sans doute (comme ça, on verra peut-être Murrayfield avec des spectateurs…). Mais bon, l’Ecosse en gris et l’Italie en berne, ça ne me dit trop rien. Et, quel qu’il soit, je ne vois ni l’un ni l’autre battre en 1/4 le premier de la poule D. Nouvelle – Zélande – Roumanie (quatre jours après le match le plus important de cette compétition pour les Roumains, contre le Portugal donc) ? Uniquement pour les drogués en état de manque.
Un match : Roumanie – Portugal

Et puis la poule D… L’Argentine mérite sa première place et pour moi la conservera. Leur envie repose sur autre chose que le simple fait d’avoir battu la France, ils ont maintenant un boulevard devant eux pour s’imposer à la face du monde. Je n’exclus pas d’ailleurs qu’ils aillent au bout. Qui sait : contre la France ?
D’ailleurs, je ne l’ai jamais exclu ("L’Argentine dindon de la farce", 14/08/07). L’histoire nous dira si l’Irlande peut démentir ce qu’on pouvait déjà sentir ("Une page de publicité", 18/08/07).
J’ai écouté l’émission "Rugby et compagnie" ce soir sur Sud Radio, c’était plutôt agréable. Quelqu’un y a bien résumé la situation des Irlandais, je crois que c’était l’excellent Jérôme Cazalbou (autre chose que de se taper Giraldi) : "Les Irlandais se sont embourgeoisés". Bougés comme ils ont été par le pack français, je ne les vois pas redresser la situation face aux Argentins. Après les histoires de bonus dans un sens ou dans l’autre, on s'en fout : les Pumas méritent leur qualification, et s’ils gagnent l’Irlande, la première place. Point barre.
France – Géorgie ? J’y reviendrai dans la semaine. Que les Français ne se voient pas en quart de finale tout de suite, quand même…
Mais ils joueront quand même les Géorgiens quatre jours (encore !!!) après la véritable affiche de cette poule, contre la Namibie.
Ces deux nations respirent le rugby et ont très peu de moyens. Elles ont montré de belles valeurs, de réelles dispositions, elles vont jouer l’avenir de leur rugby mercredi soir. Je ne le verrai sans doute pas en direct, mais voilà une rencontre que je vais à coup sûr enregistrer. Je la verrai peut-être avant le Géorgie – France. Ou peut-être dans six mois, un verre d’Armagnac à la main… Mais je ne la raterai pas.
Toujours dans cette émission de Sud Radio, j’ai écouté avec beaucoup d’émotion Henry Broncan venu parler de cette sélection géorgienne. Allez voir : il interviendra chaque soir de cette semaine sur cette antenne. Je n’ai pas les détails, le site web de Sud Radio est loin d’être clair sur les horaires de ses programmes pendant la coupe du monde. Actuellement, ce doit être entre 21h et 23h quelque chose comme ça, et j’ai entendu Henry un peu après 22h. Ce sera sans doute les mêmes horaires demain et les autres jours.
Bref, votre sorcier s’est exprimé un peu sur cette équipe qu’il conseille à la fois de loin et de très près, juste après avoir fustigé la pression des médias français autour de cette sélection de la Géorgie, depuis vendredi, sans cesse pour parler du prochain Géorgie – France. Aucun respect de la part de ces ignares opportunistes avides de faire mousser au maximum le match contre les Bleus.  Franchement, je le dis gravement : heureusement qu'ils ont pris Broncan avec eux, ils va leur permettre de rester concentré sur la Namibie. C'était marrant à la radio : on entendait les Géorgiens chanter pendant que Broncan parlait au téléphone. "On fait une soirée chant entre nous" a expliqué le Gersois. "Pareil demain, mais avec des chants religieux. Y'a même un pope qui vient les voir".
Bref, comparant les Géorgiens avec les Auscitains, Broncan a dit un peu plus : "Ils ont d’ailleurs les mêmes couleurs de maillots, et le même amour du maillot". J'en avais la chair de poule.
Un match : Géorgie – Namibie
Deux rendez-vous : Argentine – Irlande et France – Géorgie.

Ah, au fait, puisqu’on s’intéresse beaucoup à la vie privée des joueurs dans cette coupe du monde (je vais pas vous faire un best of, ça encombre déjà suffisamment le paysage…), une petite anecdote pour conclure ce « A la vie, à la mort » :

Coupe du Monde - 23/09/2007 - 18:09

Faire 360 kilomètres en voiture dans la nuit du vendredi au samedi n'est pas la meilleure façon de préparer un match contre l'Australie prévu le dimanche...
Pourtant, ça en valait la peine... Parti tard le vendredi de l'hôtel ou résidait son équipe près de Montpellier, le capitaine des Fijdi et Clermontois Seremaia Baï est arrivé au petit matin à Clermont-Ferrand pour assister sa femme qui donnait naissance à leur 3e fils, prénommé Isaiah. "Je n'ai pas beaucoup dormi, ce n'était pas la meilleure préparation. C'était long, mais je suis heureux car je suis arrivé à temps pour être avec ma femme", a-t-il indiqué.

Il faudrait lui faire la fête et je serai tenté de dire : Bal à papa et barbapapa pour Baï papa. Oui, bon, ça vient de loin mais si on peut plus se laisser aller…

Et enfin quelques liens, parce que cette semaine, j’aimerais voir du jeu :
Je ne m'en lasse jamais.
Celui-ci n'est pas mal non plus.
Là c'est une avalanche des îles de la RWC2003.
Et celui-là, on l’oublie un peu à côté de « l’essai du siècle » de ce même match de 1973, et pourtant il vaut le détour.
J'aimerais aussi voir de gros matchs, avec cette envie et cet allant.

PS : 11 nationalités différentes recensées aujourd'hui sur le blog (EU, Australie, Pays-bas, Suède, Canada, Royaume-Uni, Espagne, Burkina Faso, Maroc et même huit internautes allemands) : que pasa ?

RePS : Je vous avais expliqué que j'avais sorti la rubrique Liens, qui faisait de l'ombre à celle de Roger. Et puis, au fur et à mesure de mes pérégrinations, je tombe sur d'autres blogs très bien faits. C'est d'ailleurs une bonne surprise de cette coupe du monde, la vie de cette RWC sur le web. Faut dire que TF1 aide beaucoup…
Donc, je recommande à nouveau une liste de liens de blogs sympas à (re)découvrir. La Question de Roger sera moins visible ? Tant mieux finalement : ça se mérite !


Posté par William WE à 00:42 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

dimanche 23 septembre 2007

Beaucoup de tête dans ce pied

Que LE geste du match France – Irlande soit dans un coup de pied est quelque peu déstabilisant pour un type comme moi. Non pas que le jeu au pied n’ait pas sa place dans le rugby, au contraire il en est l’essence même. D’ailleurs, au début de ce sport, une fois le jeu à la main autorisé, les points ont continué longtemps à ne se marquer qu’au pied : il s’agissait de s’approcher au plus près des poteaux adverses pour mettre en position le buteur. L’essai n’est venu qu’après.
C’était d’ailleurs dans la logique des règles ancestrales : ce n’est pas le fait que j’ai porté ce ballon à la main qui a surpris, c’est que je le porte en avançant ! Jusqu’alors, les règles du football, dont le rugby est un dérivé (on parle de football rugby non ?) le permettaient, mais encore fallait-il reculer (les adversaires n'avaient pas le droit d'avancer au-delà du point où le ballon avait été pris), puis pointer la balle où la placer pour qu'un coéquipier la botte.
Cela étant, le jeu au pied contemporain est assez désarçonnant. Pour rester sur ce France – Irlande, j’ai du mal à trouver esthétique cette série de renvoi de la baballe entre les deux camps en première période. Avant, un bon jeu au pied, c’était quand on trouvait la touche, maintenant c’est le contraire !
Et puis, il y a l’autre côté, avec ce geste fantastique de Michalak, d’un point de vue technique mais aussi tactique, puisque ce n’est certainement pas un hasard si Clerc s’est trouvé quasiment seul à la réception.
Bref, l’équipe de France gagne, bénéficie d’un pack très, très costaud, est très performante en défense (qui se souvient d’une action dangereuse des irlandais ?) etc. Pour le reste, on sera fixé bientôt.

Un peu déçu par les Samoas, trop frustres pour ne pas profiter d’une réelle opportunité de faire tomber les Anglais, et les Fidjiens, mais là, c’est davantage dû à une impressionnante équipe australienne.

Sinon, Pierrick a adoré la façon dont son Chabal s’est joué de nous tous, et surtout des médias, par cette annonce de nouvelle coupe. Moi aussi.

D’ailleurs, une idée n’est venue à son propos cette nuit, comme une illumination. Et si Laporte avait gardé dans un coin de sa tête une terrifiante arme secrète : Chabal en 8, annoncé au dernier moment ?

Pour finir, le Barbu (je parle du nôtre, celui d'en haut - ça me fait drôle de devoir préciser -, pas de Chabal), qui aime bien l’humour mais pas trop, n’a que très peu apprécié cette initiative américaine.
Il est en train de se chercher un avocat !

Posté par William WE à 19:45 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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