vendredi 21 septembre 2007
Le vert est dans le fruit interdit
"Les Irlandais ont perdu bien des batailles, mais jamais craint la défaite, seulement la résignation". Cette formule de Jean Lacouture me semble à la fois bien résumer l’âme irlandaise et, a contrario, les risques qui pèsent sur le XV de France qui en a gagné des batailles célèbres, mais qui, un funeste vendredi de septembre, a aussi montré qu’il pouvait craindre la défaite et faire preuve d’une forme de résignation, au moins tactique.
Entre ces deux nations, mon cœur balance. Si mon corps est resté ad vitam eternam dans la patrie de Voltaire et de Victor Hugo, il existait déjà avant de naître dans celle d’Oscar Wilde et de Bernard Shaw. Allez, je peux commencer à vous faire quelques confidences : j’ai du sang irlandais dans ce qui fut mes veines, et ce ne fut pas complètement un hasard si un jour j’ai ramassé ce diable de ballon, à l’époque rond comme ma pomme après une grosse troisième mi-temps. De sorte que gamin, j’avais déjà tâté du "cad" avec mes cousins, qui pourrait s’apparenter non pas à un ancêtre du sport, mais quand même à un dérivé de ce jeu dangereux qui s’est décliné un peu partout depuis les Romains, chez vous avec la Soule.
L’Irlande, c’est d’abord un stade, Lansdowne road, que je n’ai découvert qu’en 1961. Jusqu’alors, de ma tombe oubliée, j’en avais entendu parler, sans en saisir la caractéristique. Ce qui me démangeait à l’époque (entre autres…), c’était surtout les raisons qui faisaient que le XV au Trèfle jouait dans cette petite enceinte alors que le Croke Park Stadium était plus approprié.
Vous avez tous entendu parler cet hiver, lors du dernier Tournoi, de ce terrible 21 novembre 1920 durant lequel, j’ai encore peine à le dire, l’armée britannique tira sur la foule dans le stade de Croke Park, faisant 14 victimes, dont deux enfants et un joueur de Dublin. Ce même jour, le tristement célèbre "Bloddy Sunday", 30 personnes furent tuées parmi les deux communautés en guerre. Depuis, il avait été décidé que plus jamais une équipe anglaise ne foulerait cette pelouse.
Même si c’est pour une raison bien vénale – détruire Lansdowne road pour faire un stade avec des loges -, ce "jamais" n’aura pas duré. Pas étonnant : jamais et toujours sont des mots pour nous là-haut, pas pour vous qui n’en avez pas idée. Passons.
Lansdowne road, ses tribunes et même ses sièges en bois, ses spectateurs pouvant respirer le même air que leurs joueurs, sa ligne de chemin de fer qui passe sous la pelouse, tout ça, c'est terminé.
L’Irlande, ce sont aussi de sacrés guerriers, terribles combattants, qui par exemple ont toujours réussi à sortir de sacrés talonneurs. Vous en connaissez tous, plutôt que revenir sur celui des années 90 (qui ?), ou des années 80 (qui ?), rappelez-vous les 70's et ce diable de Kennedy, qui ne s’arrêtait jamais avant le coup de sifflet final. J’ai retrouvé avec une certaine émotion une vidéo d’un match auquel j’avais à l’époque assisté, France – Irlande 1968. Roger était déjà là, mais à l’époque, on ne se connaissait pas.
J’ai choisi cet extrait (il y a dix minutes mais vous pouvez voir le match en entier,… en payant) pour différentes raisons. Pour Ken Kennedy d’abord, diable vert en chef, qui peut résumer par son jeu ce à quoi les Français doivent s’attendre au Stade de France.
Pour Roger ensuite, parce que c’est amusant de le réécouter ainsi, s’extasier devant son "stylo" spécial qui permet d’insérer la composition d’équipe sur l’écran TV, mais aussi parce qu’il lui arrive quelques trucs à la fin. Lui aussi en rigole maintenant surtout que cette cuvée 1968 du Tournoi fut pour les Bleus énorme, puisqu’ils conquièrent, contre toute surprise, leur premier grand Chlem.
Roger encore, parce que ça me permet de rappeler au passage que notre cher Couderc n’allait pas tarder à vivre après cette épopée une traversée du désert de sept ans, puisqu’il fut viré de l’ORTF après mai 1968. Pourquoi ? On se le demande encore.
Cet extrait aussi pour revoir des trucs qui me remontent un peu le moral ce soir. Ces mêlées improbables. Ces touches impossibles. Cette lenteur, ce combat, la tenue de l’arbitre, qu’on prend pour un joueur français etc. Charmant isn’t it ?
Et aussi parce qu’il m’était difficile de trouver des images du seul grand Chlem du XV d’Irlande, ce qui est d’autant plus regrettable que celui-là, je ne l’ai pas vécu. Bin oui, en 1948, j’étais encore complètement oublié dans ma concession de Menton.
Un qui l’a connu par contre ce grand Chlem 48, qui en fut même le principal artisan puisque tout le jeu du trèfle était basé sur le sien, c’est Jack Kyle, certainement le meilleur arrière que cette sélection n’ait jamais connu. C’était un prêcheur laïque protestant de Belfast, qui n’avait pas son pareil pour endormir les défenses avant de surgir comme un fauve (j’allais dire un Puma !). Quand il avait le maillot vert sur les épaules, il devenait surtout le premier des Irlandais, toute religion confondue.
Tout ça pour dire que les trois-quarts irlandais, ben ils ont tous un peu de Jack Kyle en eux si vous voyez ce que je veux dire. Et si vous n’avez pas compris, retenez ce que disait Kyle : "En Irlande, l’inévitable n’advient jamais, mais l’inattendu arrive souvent."
Alors, ce match France – Irlande, dans ce rugby qui n’a plus rien en commun si ce n’est la passion, je ne sais trop quoi en penser. Demain, à pareille heure, certains seront lynchés ou encensés. Lesquels ?
Je n’ai rien à dire sur les compositions. Tout juste me suis-je fait la réflexion qu’Ibanez a dû briefer ses coéquipiers sur le jeune Eoin Reddan. Je signale juste qu’avant de mettre sur la touche Stringer en sélection d’Irlande, Reddan a pris la place de Dawson aux Wasps… Tous deux sont certes vieillissants mais quand même.
Les deux charnières ont un rôle terrible à jouer, ça va être intéressant. Mais le match va se jouer selon moi dans les prestations de la deuxième ligne irlandaise et de la troisième ligne française.
Un pronostic ?
Juste pour dire que pour trois petits points d’avance sur l’Irlande, la France a gagné le Tournoi 2007. L’Irlande a gagné en Ecosse, au Pays de Galles, en Italie, et a mis 40 points aux Anglais à Croke Park. Elissalde a raison de se montrer méfiant.
Mais les Bleus aussi, ont une histoire et des moyens. Petit florilège non exhaustif et complètement subjectif : ça. Et puis ça. Et encore ça. Ah, j’allais oublier ça. Mais mon préféré, c’est celui-là.
Quant au soit-disant nouveau look de Chabal, hum… Pierrick, pour une fois pas rassuré, me souffle à l’oreille : "Il ne connaît pas l’histoire de Samson ?". Allons, Pierrick, allons, tu te trompes d’époque : au XXI° siècle, Dieu est mort, il a été remplacé par Mark Eting. Et Sébastien est beaucoup plus malin que ton Samson.
Voilà pour moi.
La dernière fois en RWC, ça s’était passé comme ça. Bon match. Que le meilleur gagne.
mardi 18 septembre 2007
Ovale épicé à l’africaine
Je ne vais pas revenir longuement sur ce France – Namibie, d’autant qu’il n’y a pas grand-chose à en dire, car peu d’enseignements à en tirer. Quel dommage que les Africains aient été si rapidement réduits à quatorze (et non à dix comme l’a dit l’autre jour le commentateur de TF1, je crois lors du match Samoa – Tonga) ! La suite ne fut donc qu’un entraînement amélioré (je ne vous cache pas que j'ai zappé deux ou trois fois pour voir Bacri et ses acolytes sur la 2 dans "Un air de famille" toujours délectable. Tiens, ça en a inspiré certains. Et d'autres. Rien trouvé sur la version originale mais ça doit être parce que Bacri est assez à cheval sur tout ce qui est propriété intellectuelle. Et, ce qu'on reproche à des rentiers type IRB, on ne saurait le faire à un créateur).
Si les Namibiens n’ont rien lâché, l'intérêt devenait faible puisqu'il n’y avait plus aucune issue tactique tant les décalages étaient omniprésents. Un peu comme NZ - Portugal. Au moins aura-t-on vu quelques beaux mouvements (et oui, ils peuvent le faire !), de l'envie et de jolis passes. Retenons donc surtout l’entame du match, sérieuse, enjouée, avec un Marty qui m’a d’abord joliment surpris (alors que j’aurais, si j’étais à la place du sélectionneur, fait passer au moins deux autres joueurs avant lui dans les 30) avant de sortir inexplicablement de son match pendant un bon quart d’heure.
Que retenir ?
Sur Marty, je ne sais pas. Sur qui mettre au centre, je ne sais pas.
Que je ne vois pas comment on pourrait se passer de Dusautoir, Nallet, Elissalde, Clerc. Que j’aimerais voir Michalak en 10, même si l’option Beauxis n’est pas à jeter, et Chabal en 8. A l’arrière, je laisse à Bernie le soin de choisir parmi les hommes qu'il a choisis : qu'on prenne le meilleur sous les chandelles !
Qui vivra verra ! Enfin, façon de parler.
Cette RWC continue en tout cas de susciter en moi des sentiments ambyvalents. Déjà, dimanche, le fait d’être contraint d’écouter les commentaires de Giraldi m’a mis de mauvaise humeur. Dans ces cas-là, la catastrophe en général, c’est que le téléviseur lâche au moment fatidique. Ne souriez pas, c’est déjà arrivé. Je me souviens par exemple d’un gros moment de tension en 1998 quand, après avoir marché parfaitement pendant un long apéro, une TV joliment installée sous une tonnelle où s’étaient réunis une belle bande de coquins et coquines, s’était mise dans la tête de capter la télé australienne plutôt que (déjà !) TF1. Le problème s’était heureusement réglé mais nous (comprendre la bande en question dont faisait partie mon "véhicule" de l'époque) eûmes droit à dix minutes à déconseiller à tous les fragiles du palpitant !
Cette fois, la TV était impec mais c’est la radio qui a lâché… Va donc pour Giraldi que j’ai finalement et assez rapidement, zappé de mon esprit. Ça m’a au moins donné l’occasion d’apprécier les commentaires de Thierry Lacroix, plutôt éclairants cette fois-là.
Et puis, il y a toujours ces histoires de couverture TV (Eurosport qui déprogramme Samoa – Tonga au dernier moment – une heure de différé - , sans prévenir personne, pour passer un grand prix de Formule 1 dont on a rien à faire. Même Fangio et Senna, au rendez-vous de la RWC à notre cercle, n’ont que peu apprécié…).
Reste qu’il y a quand même un vrai engouement gratuit (le mot est lâché même s'il paraît un peu incongru) autour de la compétition, plutôt rassurant. D’autant que l’état d’esprit propre à l’ovale, tant kidnappé par les annonceurs de tout poil (tiens, il paraît que Chabal va faire de la pub pour des friandises…), conserve une réelle assise, en dépit du professionnalisme. Ainsi, malgré l’élargissement à un public néophyte voire inculte, le même plaisir, la même convivialité semblent se partager sans difficulté. Bon, ils pourraient nous lâcher la grappe de temps en temps avec leurs sempiternelles Ola que personnellement, je ne supporte plus du moins quand je suis en tribune (quand je suis devant la TV, ça m’indiffère). Mais il vaut mieux ça que des concours de bras levés ou de lancers de canettes…
Sur le terrain, ça va aussi merci.
Les Français ont cette fois fait la haie d’honneur à leurs adversaires à la fin du match. Evidemment, c’est toujours plus facile quand on est vainqueur. A noter cependant que, contre l’Argentine, ce ne fut pas le cas et que c’est, pour le moment, la seule exception de la compétition… Cela étant, on leur pardonne : c’était le premier match, la désillusion a été terrible, bref, ils n’y ont pas pensé. Dommage quand même, ça aurait été splendide.
Les Blacks eux, se sont piqués à jouer au foot avec les Portugais. Quand on y pense, c’est assez fabuleux cette histoire. Surtout à une époque où une escapade en ski ou en VTT peut avoir de terribles conséquences. Que certains prônent de ne plus programmer les matchs des Barbarians parce que dangereux alors que sans enjeu (c’est justement parce qu’il n’y en a pas qu’il faut les garder bande d’ignares !). Que des clubs empêchent (comme au foot, sauf qu’au rugby ils y arrivent) leurs joueurs-salariés de se rendre à une convocation de leur sélection nationale (ce fut notamment le cas, évidemment à l’égard des « petites nations », lors de la RWC 2003) pour éviter de les user, etc. Vive les Blacks. Et bravo aux rugbymen portugais qui ne savent pas que taper des drops (ils ont placé le premier de la compétition) avec leurs pieds (victoire 2 à 1).
Les Argentins eux, ont eu une autre initiative, du même acabit : ce soir, ils auront des sparring-partners un peu particuliers lors de leur entraînement à Villeurbanne : les enfants des écoles de rugby locales vont en effet participer à leur entraînement !
Avec les Africains du Sud, comment ne pas citer le génial Bryan Habana ? Vous vous rappelez que j’ai évoqué ici le 11/09 dernier (« Bienvenue dans le désert du réel ») le festival ovale. L’autre jour, Johnny Clegg s’y produisait, à Noisy-le-Grand, le soir d’Afrique du Sud – Angleterre. Le chanteur noir / blanc avait bien sûr juste avant assisté au Stade de France au triomphe des siens. Et bien l’ailier métis lui a en quelque sorte rendu la pareille en se rendant avec sa copine à ladite fête. Je vous livre le reste paru dans une dépêche :
« Ce qu’il fait pour notre pays est exceptionnel, nous a ainsi livré le joueur accueilli par des Noisiens aux anges. C’est la première fois que je le vois et je suis tout excité. » A l’issue du concert les deux hommes ont échangé quelques mots. « Hier nous avons gagné, aujourd’hui nous allons fêter la victoire », a plaisanté le chanteur.
Tiens, à propos de l’Afrique, en voilà des malins qui ont résolu un problème : comment avoir un ballon de rugby quand les ronds promis par l’IRB ne sont pas arrivés ?
Promis : si la France perd contre l’Irlande, je finis les matchs de poule au Gabon : au moins, ils rigolent !
PS : marrante, cette banda Gotso, qui n’en est pas à son coup d’essai. Dans toutes les chansons de daube qu’on a eu depuis le début de la RWC (même Moscato s’y est mis ! Heureusement, lui n’est pas sérieux et ne s’en cache pas), celle qu'ils consacrent à Chabal (même lien) est certainement la plus rigolote.
dimanche 16 septembre 2007
Droits de mirage
J’ai du mal à comprendre les critiques qui se sont portées sur TF1 à propos de la diffusion d’images du vestiaire du XV de France avant et après la rencontre contre l’Argentine. Comprenez-moi : bien évidemment, je suis contre ces intrusions complètement hors de propos. Le vestiaire doit demeurer mystérieux et je pense même qu’il devrait être interdit aux journalistes écrits, people, politiques etc. Même sans caméras. Mais bon, je suis de l'ancienne école…
Mais, que je sache, TF1 ne fait que son métier. On peut penser ce qu’on veut de ce métier, mais ça c’est autre chose.
Qui a imposé les caméras dans les vestiaires des clubs de foot puis de rugby ? Canal +. Qui a fait passer les images du vestiaire de l’équipe de France lors de la mi-temps du France – Italie 2002 ? France 2. Qui a autorisé ces caméras à pénétrer dans les vestiaires ? Pour le Top14, la LNR. Et, sacrilège suprême, pour le XV de France, la FFR. Alors, franchement, voir la FFR s’étonner ensuite que TF1 diffuse ces images alors qu’elle a donné son accord… Certes, il semble qu’il n’était pas expressément prévu que ces images soient diffusées sitôt après le match, mais après la compétition. Ce n’est pas un mince détail. Mais il me semble qu’on a entendu sur cette affaire trop de vierges effarouchées. J’ai par exemple entendu Vincent Moscato et Philippe Saint-André (pas d’équivoque, je les adore les deux) à ce propos sur RMC l’autre jour. Ils étaient très sincères, s’offusquaient, regrettaient ce viol. Mais ont omis d’évoquer un point : ces caméras, il a bien fallu que quelqu’un les laisse entrer non ? Alors, allons au bout du raisonnement.
De toute façon, les vierges effarouchées ne sont plus ce qu’elles étaient. Par exemple, savez-vous que votre Jeanne d’Arc a eu en fait mari et enfants ? Quant aux vraies vierges, elles ne font pas avancer le débat si je m'en réfère au bon mot de Jean-Pierre Rives lors d'un banquet d'après match du Tournoi de la belle époque (anecdote rappelée l'autre jour, toujours sur RMC, par Jean-Baptiste Lafond) : "Il y a trois choses qui ne servent à rien dans la vie : les seins d'une nonne, les couilles d'un curé, et le sifflet d'un arbitre !".
Bon, revenons à nos moutons (enfin, pas ceux de Domrémy parce qu’il paraît que Jeanne n’était pas non plus bergère ! Faudra que je pense à en parler avec elle de tout ça).
TF1 est par ailleurs loin d'être exempt de tout reproche, sur d'autres points. Sa couverture de la coupe du monde est en effet lamentable. D’un point de vue technique d’abord (plans et commentaires), et puis surtout par son choix délibéré de passer la plupart des rencontres sur le câble. Mais là aussi, une question : qui a choisi TF1 ? Qui ne lui a pas imposé une meilleure couverture ? Qui a fait le choix de cet opérateur, qui veut rentabiliser au maximum son investissement en encombrant au minimum sa grille de programme ? Pourtant, s’ils sont moins glamours, les Fidji – Japon, Etats-Unis – Tonga, Irlande - Géorgie etc. intéressent au plus haut point les passionnés de rugby, ceux dont on a décidé de se foutre. Mais ce « on », encore une fois, ce serait une erreur de le limiter à TF1. A la FFR, on peut aussi ajouter l’IRB qui se fout comme des circonstances de sa création (suite à un essai litigieux en 1884 entre l’Ecosse et l’Angleterre, l’idée s’imposa de créer une instance neutre permettant de gérer tout litige ; ce fut fait en 1886), de la cohérence éthique de la diffusion des matchs de la coupe du monde dans le bas-monde du rugby.
L'IRB qui aussi défend bec et ongles ses droits TV. Non content de faire payer les places de parking d'une université qui les lui prête gracieusement pendant la compétition (1), THE institution garde un œil sur ses droits TV comme un vieux célibataire aigri et orgueilleux vivant seul à compter les fruits de son héritage dans son château écossais. Des internautes sont ainsi poursuivis pour avoir mis en ligne dans les serveurs spécialisés (dailymotion, youtube etc.) des extraits de match sans acquitter les fameux droits.
Cette référence écossaise est un peu grosse, je l'avoue. Mais c'était pour amener une anecdote racontée l'autre jour par Pierre Salviac (désolé, je ne me rappelle plus où) à propos de l'ancien stade d'Eden Park en Nouvelle-Zélande, celui où la France s'est imposée pour la première fois en ces terres, le 14 juillet 1979. Avant sa rénovation, le stade d'Auckland n'était pas fermé et avait la caractéristique d'être bordé par la propriété d'une vieille femme. Elle avait fait construire une tribune dans son jardin qu'elle louait en parallèle. Comme la place y était moins chère, on l'appelait "la tribune des Ecossais".
Bon allez, je vais redorer leur blason, à ces diables d'Ecossais, à qui je souhaite bonne chance pour leur rendez-vous avec les Italiens, en vous remémorant cet article relatant un France Ecosse en 1958. C'est-à-dire un des premiers que j'ai lu après ma mort puisque c'est l'année où on a retrouvé ma tombe. Il est signé Léopold (c'est-à-dire Marcel Bordenave) dans l'Equipe : "Le combat s'engagea. Quelle distribution de pain béni, macarelle ! Ça tombait comme à Gravelotte, ces diables d'avants écossais ne reculaient pas d'un centimètre et se battaient comme des tigres. On n'en donnerait pourtant pas quatre sous de ces gaillards ! Maigres, efflanqués, sous leurs flottants d'une autre époque, ils ne paient vraiment pas de mine. Mais va donc te fier aux apparences ! Et qu'importe l'esthétique s'il y a l'habileté et la "sanquette" ? De ça, ils en avaient à revendre les "chardonnerets" ! Toujours sur la balle, la précédant souvent même, on sentait que rien ni personne ne leur faisaient peur et qu'il était assez imprudent de laisser traîner ses abattis devant leurs godasses".
Bon, revenons une fois de plus à nos moutons, c'est-à-dire l'IRB, pour évoquer un cas, celui de la Namibie. Même s'il y a longtemps que tous les moutons y ont été bouffés par les lions.
Car cette politique de l'argent envers et contre tout, est aussi vraie à l'étranger : alors que le pays est membre de l’IRB, aucune chaîne namibienne n’a pu acquérir les droits TV. Logique implacable : pas de match.
En France, les joueurs namibiens pensaient quand même pouvoir regarder les autres matchs. Pauvres naïfs… Installés dans leur camp de base de La Ciotat, ils n’avaient pas pensé à demander Eurosport dans leur hôtel… "Nous n’arrivons pas à voir tous les matchs, toutes les chaînes ne les diffusent pas, c’est un peu décevant", a regretté hier le flanker Michael McKenzie devant la presse. "C’est la Coupe du monde ici et nous devons nous battre pour voir les matches !". Fou non ?
Venons-en maintenant au terrain. Après leurs belles premières prestations, on pouvait penser que les petites équipes auraient du mal à enchaîner leur deuxième rencontre, d’autant qu’on ne s’est pas vraiment beaucoup préoccupé de leurs conditions de récupération. Quoique très diminués et jouant quatre jours après avoir rencontré les Australiens, les Japonais ont tenu tête aux Fidjiens et auraient même pu (dû ?) l’emporter. Un vrai exploit pour ce pays alors qu’il y a sur le papier une classe d’écart (pour donner un ordre de comparaison, on dirait que le Japon, c'est Blagnac, les Fidji… Agen (!), et l'équipe de France… Toulouse !
Bis repetita hier soir avec la Géorgie (qui a la moyenne d'âge la plus jeune du Tournoi, 26 ans), placée à la même enseigne que les Nippons (deux matchs en quatre jours !) : elle a fait douté l’Irlande et les joueurs sont sortis de Chaban-Delmas comme des seigneurs, après avoir été applaudis longtemps après le coup de sifflet final (les Irlandais eux, n'ont pas traîné). Gloire à eux ! (attention : on ne peut pas visionner sur le net les petits clips-résumés d'Eurosport dans tous les pays, ni même dans les DOM-TOM !). Et soit dit en passant, bravo à ce fantastique public qui, sur tous les stades, fait honneur à notre sport.
La Namibie aussi jouera certainement tout à l’heure à fond les manettes. Une belle victoire des Bleus n’en serait que plus intéressante.
La leçon du week-end est dure pour le Nord. Que dire sur mes compatriotes anglais ? Que le sort s’acharne sur eux ? Oui, mais pas seulement. A contrario, on comprend que, sans imagination, impossible de battre le Sud.
Que dire de ces valeureux Gallois ? Qu’ils ne sont pas passés s’y loin que ça de l’exploit ? Oui, mais pas seulement. A contrario, on comprend que, sans une grande défense, impossible de battre le Sud.
Les Bleus peuvent réunir ces deux conditions. Et si j'ai fait une référence au 14/07/1977, ce n'est pas que pour faire plaisir à Roger et l'inciter à reprendre sa rubrique (il a un peu le moral dans les chaussettes depuis France - Argentine, je compte sur les joueurs pour remédier à ça). C'est aussi parce que j'ai une petite idée derrière la tête.
Encore faut-il d'abord qu'ils se qualifient.
(1) Fil info rugbyrama :
Coupe du Monde - 14/09/2007 - 18:28
Les parkings bien chers
L'université de Bordeaux 2 réclame "la transparence" au sujet de 700 à 800 places de parking qu'elle met "gracieusement" à disposition du comité d'organisation du Mondial.
"Nous réclamons la transparence de la part du comité d'organisation pour savoir si ces places ont effectivement été facturées et combien l'ont été", a expliqué son présient Bernard Bégaud. Mercredi, la députée PS Michèle Delaunay, présidente du conseil d'administration de l'hôpital psychiatrique Charles Perrens, avait dénoncé la facturation aux utilisateurs par le comité d'organisation, à hauteur de 20 euros par match, les 250 places mises gratuitement à disposition par l'établissement.
Ces places servent à "répondre à la demande de populations telles que: journalistes accrédités ou sponsors", a indiqué vendredi le comité d'organisation. "Le CO ne fait pas payer les places de parking mais les frais de gestion liés à la prestation ainsi que les services associés", a précisé Elisabeth Baylis, responsable des relations presse, confirmant la somme de 20 euros déboursée par les utilisateurs.
Si ces places étaient effectivement payantes sur le parking de l'université, "nous demanderons que cet argent soit versé à une noble cause, comme la recherche", a indiqué M. Bégaud.

