vendredi 14 septembre 2007
L’arroseur arrosé ?
Il y a quelques mois, l’IRB a décerné l’organisation de la RWC 2011 à la Nouvelle-Zélande. Un choix discutable et à l’époque discuté, fruit davantage de la politique politicienne que d’une politique de développement.
Les principaux concurrents à l’époque de la Nouvelle-Zélande était l’Afrique du Sud – hypothèse purement théorique dans la mesure où la RWC 1995 n’est pas loin et que les Boks ont celle de la FWC en 2010 – et surtout le Japon.
La candidature nippone était très séduisante. Le dossier en lui-même était très solide. D’un point de vue culturel d’abord : j’ai déjà évoqué ici le fait que le Japon est une nation historique du rugby, même si ses résultats ne sont pas à la hauteur de cette histoire. La principale raison est d’ordre physiologique, mais aussi culturelle car le rugbyman japonais est traditionnellement naïf. Je me rappelle l’an passé avoir vu un reportage (je crois que c’était sur Stade 2) à l’époque où Jean-Pierre Elissalde les entraînait, où un joueur faisait part de son désarroi face aux « ficelles » que le Rochelo-Bayonnais tentait de leur apprendre. Comprenez bien : le Japonais joue dans l’esprit et dans la règle, et ne comprend même pas qu’on puisse envisager de faire autrement. D’ailleurs, tous les arbitres internationaux qui les ont joués vous le confirmeront : il n’y a pas plus clair et obéissant sur un terrain qu’un rugbyman nippon. On va pas le leur reprocher quand même ? Enfin bref.
Toujours dans le même point, et même si l’organisation du rugby japonais est très particulier (avec des équipes franchises de grosses entreprises), il faut voir le succès populaire que l’ovale connaît là-bas. Soyons franc : ce ne fut pas toujours le cas. Mais depuis l’ère moderne, les stades sont régulièrement remplis, et pas qu’un peu : 50.000 personnes pour leur finale du championnat.
Economiquement ensuite. Je passe sur les détails, mais le poids du Japon est autrement plus important que celui de la Nouvelle-Zélande. Quand la candidature japonaise était encore possible, j’avais lu (je crois dans l’Equipe magazine) que le chiffre d’affaires d’une (Toyota ou un truc dans le genre) des douze entreprises qui faisaient partie du comité de soutien de la Fédération japonaise de rugby (JRFU) était quatre fois plus important que le PIB de la Nouvelle-Zélande !!!
Au niveau des structures, il n’y avait non plus rien à dire : des stades flambant neufs (les mêmes qui ont servi à la coupe du monde de football 2002), des modes de déplacement et d’accueil optimales etc. Au contraire de la Nouvelle-Zélande qui va devoir refaire quasiment tous ses stades… Et n'en a guère les moyens. D'ailleurs, certains commencent à évoquer la possibilité que, finalement, elle l'organise conjointement avec l'Australie).
Le choix du Japon aurait par ailleurs été un signe fort du rugby mondial à l’adresse justement du monde, et notamment du tiers-monde du rugby : non, l’ovale n’appartient pas qu’aux nantis (qui ont oublié depuis longtemps d’où ils venaient).
Que s’est-il alors passé ?
Je ne sais plus exactement à combien de voix la différence s’est faite en faveur de la Nouvelle-Zélande. Pas beaucoup, deux ou trois, il faudrait vérifier. L’Argentine a voté pour la Nouvelle-Zélande, pensant naïvement que la fédé black l’aiderait ensuite à intégrer le Tri-Nations. On sait ce qu’il en est.
Quant à la France, elle a également voté pour la candidature de la Nouvelle-Zélande. Plus exactement, la Fédération française de rugby, par le biais de son président, a voté en faveur de la NZ. J’apporte cette précision car un autre français votait ce jour-là : il s’agissait de Jean-Claude Baqué, président de la FIRA qui, bien évidemment, vota lui pour la candidature japonaise. Je dis bien évidemment car la FIRA est actuellement la seule institution internationale à réellement promouvoir le rugby hors de ses sentiers battus, j’y reviendrai certainement un autre jour.
Le vote de la FFR était, comme celui des Argentins, intéressé : pour parler clair, Bernard Lapasset vise la prochaine présidence de l’IRB (il a le droit d’avoir cette ambition bien sûr), et a, en quelque sorte, monnayé son vote. Le problème, c’est que ce n’est pas le sien, mais le nôtre.
Pourquoi je m’étends sur cette question ?
Parce que l’argument officiel (pour ne pas dire fallacieux) à l’époque pour refuser la candidature du Japon, était de dire qu’il n’était pas possible d’organiser une coupe du monde dans un pays qui n’était pas capable d’atteindre les quarts de finale de la compétition. Vous voyez où je veux en venir ?
Et bien oui, c’est l’histoire de l’arroseur arrosé. La France, grand pays de rugby s’il en est, pays organisateur de la Vième coupe du monde, est en position – à l’heure où ces lignes sont écrites – de rester en rade dès la phase préliminaire. J’espère évidemment de tout cœur qu’elle va battre la Namibie, l’Irlande, et la Géorgie. Mais, franchement, vous vous rendez compte de la situation ? Du cataclysme potentiel ? Et pour 2015, on va l’organiser où cette coupe du monde ? En Argentine ? En Italie ? Aux îles Samoas ?
Je supporterai la France jusqu’au bout. Mais je me féliciterai toujours que les règles basiques du rugby – respect de l’adversaire, primauté du cœur et de la solidarité, joie de vivre sur un terrain – prévalent. Au jour d’aujourd’hui, l’Argentine peut atteindre les 1/2 finales voire même la finale. Qui s’en plaindra ? Pas moi.
D’autant qu’elle montre l’exemple à tous ces petits dont l’IRB se fout en permanence et qui, dans cette compétition, n’ont qu’un seul objectif : être digne de leurs glorieux adversaires. Tous sont en progrès, aucun n’a déçu (EUX !). Et pourtant, la pression, ils l’ont, eux aussi. Et en plus, l’IRB veut les interdire de participer la prochaine fois, on croit rêver.
Alors, pour l’Argentine, la Namibie, pour la Géorgie, pour les Samoas, pour les Tongas, pour les Fidji, pour la Roumanie, pour les Etats-Unis, pour le Canada, pour le Portugal, pour le Japon, pour l’Italie, hip hip hip ?
PS : Pour en finir avec ce France Argentine de triste mémoire, un mélange de mauvaise foi gasconne et d'un cri de désarroi politique et culturel par l'excellent Francis Marmande du Monde.
jeudi 13 septembre 2007
Un maillot taillé en pièces…
J'avais dit que je parlerai des petites équipes dans mon prochain billet, et si je ne le fais pas, ce n'est pas parce que suis vexé d'avoir été "grillé" par Gotbips… Je suis un peu soupe au lait mais quand même ! Promis, j'y reviens très vite.
Je reprends juste le clavier pour commenter une dépêche que vous avez sans doute lu ailleurs et que je rappelle ici :
Coupe du Monde - 13/09/2007 - 17:26
Laporté dédouané
L'agent de Bernard Laporte, Serge Benaïm, a dédouané jeudi l'entraîneur du XV de France, en assurant être le "seul responsable" dans l'affaire des maillots dédicacés mis en vente sur son site internet, qui contrevient à une charte signée en début d'année selon la FFR.
"C'est moi le seul responsable qui négocie tout", a déclaré M. Benaïm à l'AFP. "Maintenant, je ne réponds plus aux questions. C'est devenu une affaire d'Etat. J'ignore dans quel but. Il y a d'autres choses plus importantes dans l'actualité que les maillots de Bernard Laporte".
"C'est mon homme d'affaires (Serge Benaïm) qui s'occupe de ça, pas moi," avait déclaré mercredi le futur secrétaire d'Etat aux Sports. "Je lui ai dit que je souhaiterais qu'une partie de la vente soit reversée à ma fondation". Il s'agit en l'occurence de la fondation Greffe de vie, dont Bernard Laporte est le parrain depuis 2005 et qui vise entre autres à encourager le don d'organes.
M. Benaïm assure dans l'édition datée de vendredi du journal Le Monde avoir obtenu un "accord verbal" de la FFR pour vendre ces 10.000 maillots de l'équipe de France dédicacés par M. Laporte au tarif de 146 euros (dont 16 euros de frais de port), contre 75 euros dans le commerce.
"Monsieur Benaïm a probablement trompé Bernard Laporte", a estimé Guy Piéra, vice-président de la FFR, en charge du marketing. "La demande de M. Benaïm a dû nous arriver en janvier et en février, et nous lui avons répondu négativement".
Du coup, l'opération contrevient à la clause d'"image individuelle associée", créée dans le cadre de la charte négociée en début d'année avec le syndicat des joueurs Provale, a précisé M. Piéra.
"Associer son image à un attribut de la Fédération ou de l'équipe de France ne peut pas être négocié à titre individuel, a-t-il ajouté. C'est la Fédération qui doit le faire et c'est là qu'il y a un dysfonctionnement dans le cas de l'opération présente de maillots."
"Ils ont probablement été achetés chez l'équipementier", a affirmé M. Piéra. "Ce n'est aucunement lié au contrat entre la Fédération française de rugby et Nike", s'est contenté de déclarer une porte-parole du groupe américain.
Si je reparle de ça ici, c'est juste pour faire remarquer qu'il y a comme une légère inexactitude dans les justifications de ce M. Benaïm, voire une grosse incongruité, qu'auront peut-être relevés les lecteurs de ce blog : comment aurait-il pu se mettre d'accord avec la FFR sur un prix de 130 euros + 16 de frais de port (voir passage en gras)… alors que le maillot a initialement été mis à la vente à 156 euros (+ frais de port) ! Je vous invite à relire mes chronqiues du 4 août ("Une dédicace qui rend les nuages troubles") puis du 13 août ("Que la force soit avec Ashton"), pour vous rappeler ce que j'avais écrit à l'époque.
Ah, les accords verbaux de la FFR !
Bon, bin voilà, c'est tout pour l'instant.
A très bientôt
PS : au fait, quelqu'un l'a vue cette émission de résumés sur TF1 animée par le type de Koh-Lanta ? Pas moi pour le moment. Quant aux commentaires de Gilardi - Lacroix, pour moi, c'est terminé : ce sera radio. Par contre, pour le moment, j'ai bien apprécié le duo Champ - Hueber.
mercredi 12 septembre 2007
De la pression et de la dépression
Ne croyez pas qu’en me lamentant à mon tour sur cette défaite française, je me désespère du rugby montré par les Argentins. Je suis au contraire fier de ce qu’ont montré les Pumas à la face ovale du monde du rugby mondialisé. Ce que les Argentins ont montré, c’est l’essence même de ce sport, le dépassement collectif et généreux, c’est-à-dire le contraire de l’individualisme et de l’égoïsme. Cela va sans dire mais ça va mieux en le disant.
Vincent Moscato résume bien cet aspect du match dans le Midol du 10/09 : « Une fois encore, ces hommes forts, durs, élevés au beefsteak et au gros rouge, peu habitués à la douceur des huiles de photographes, reprirent leur souffle et laissèrent passer l’orage. Depuis la nuit des temps, le combat, la guerre, se préparent toujours dans la douleur, plus on s’en éloigne par un quotidien feutré, moins on est à même de l’affronter ».
L’Argentine a aussi montré des capacités stratégiques et tactiques éblouissantes. Ils ont à la fois joué comme on les attendait – bizarrement, on n’a pas su répondre -, tout en surprenant dans pas mal d’autres aspects techniques. Là aussi, on s’est fait prendre. Je ne suis pas sûr que toutes ces chandelles étaient prédéfinies. Elles étaient prévues ça, à coup sûr, mais d’abord dans une gamme plus large de réponses qui avaient comme principes communs : éviter les centres français / annihiler Jauzion / plaquer aux jambes / arriver à plusieurs à tous les points de chute.
En se faisant complètement bouffer en début de match, ce sont les Français qui ont dicté le scénario à suivre.
Eviter les centres français, cela pouvait se faire aussi par l’attaque, en allant vite à l’aile. Jusqu’à leur essai, les Pumas s’y sont un peu essayés. En seconde mi-temps, Hernandez a tenté à son tour de déborder, en semant la panique.
Mais, dès le début, les mauvaises réceptions des Français, leur désarroi derrière leur premier rideau, leur manque de liant, commandaient la suite. Plus les pieds d’Hernandez étaient dangereux, plus ils allaient le devenir plus encore. Vous pensez bien qu’après le magnifique essai de Corleto (au-delà de l’interception, le contre proprement dit est superbe : l’essai est loin d’être fait, les deux passes qui suivent splendides), ça n'allait pas s’arranger. Chapeau messieurs. Et mesdames.
Tiens, entre-temps, je viens de me faire une petite pause. Chez vous, ce serait genre « fumer une clope en allant faire petit pipi contre un arbre par une chaude nuit d’automne », mais évidemment là-haut, ça prend une autre forme. Et puis chez nous, les nuits d’automne sont vraiment chaudes…
Bref, en revenant, je reprends le Midol du jour pour jeter un coup d’œil au courrier des lecteurs. J’étais à la page des chroniques, je n’arriverai pas à celle où j’imagine que certains supporteurs ont lâché leur mécontentement, je m’arrête pour une fois à la page Technique, qui décortique la défense argentine. J’y trouve un raisonnement, des concepts, une analyse qui décortiquent ce que je viens de laisser entendre.
Je tombe d’ailleurs des nues. Cette façon de défendre – c’est-à-dire aux jambes, comme autrefois, ou comme on l’enseigne encore dans les écoles de rugby, en laissant la possibilité aux Français de jouer derrière le plaquage, mais en sachant qu’ils sont incapables de le faire actuellement, et en s’organisant toujours pour le contre - a embrouillé les Bleus. Résultats : 29 ballons perdus (2 en-avant, 9 fautes de main, 3 interceptions etc.). Si les Argentins jouent ainsi les Blacks dans cette compétition, en 1/4 comme cela devient improbable, ou en finale comme ça devient possible, sûr qu’ils prendront 50 points. Mais contre les Bleus, ils gagnent.
Le pire, c’est que j’apprends dans ce même article de Nicolas Zanardi, que Clermont-Ferrand (avec Mignoni !) ont pris Toulouse (avec Jauzion ! Heymans ! Michalak ! Pelous ! Elissalde…) de la même façon en 1/2 du Top 14 il y a trois mois à peine. Idem pour le Leinster, toujours contre Toulouse en 1/4 de finale H Cup en 2006. A chaque fois Jauzion fut étouffé. A chaque fois, il y avait au moins un Argentin dans l’équipe victorieuse.
Ce qui est désolant, déprimant, incompréhensible, c’est ça justement, cette incapacité des Bleus à s’adapter, à comprendre le jeu, à se ressourcer, à rester concentrés. C’est d’autant plus incompréhensible qu’on n’ait pas fait entrer Elissalde (lui a le profil de stratège qu’il fallait, en plus avec l'analyse à froid de la première mi-temps vécue depuis le banc) plus tôt. On a eu l’impression de retrouver le syndrome 2003, quand il avait plu et que ce n’était pas prévu… Il y a des carcans dans cette équipe, il faut d’urgence les lever.
Je vais vous laisser méditer sur ce point en vous plongeant une fois n’est pas coutume, dans ma langue maternelle, pour y découvrir la vision d’un des plus beaux représentants du jeu à la française…
Quant aux problèmes psychologiques du XV de France… La lecture de cette lettre est ridicule. Ça ne veut pas dire qu’on ne doit pas se tourner vers le passé. Mais là, on cherche quoi ? L’émotionnel. L’extrapolation. Le convenu aussi puisque cette lettre est à la mode. Mais certainement pas à s’enrichir, individuellement et collectivement, des leçons du passé.
Mes amis anglais ont vu la chose différemment. Eux aussi sont allés chercher une référence guerrière dans le passé. Leurs « Spartiates » à eux, ils les ont trouvés à Thiepval, dans la Somme, où 58.000 Britanniques sont tombés (20.000 tués) durant l’été de 1916 (voir au milieu de l’émission). On va voir ce qu'ils vont faire de cette référence. Verdict mercredi, pour LE match de ce 1er tour contre l’Afrique du Sud.
Quant à la France… Pour un pays qui a choisi le sacrilège suprême en interdisant toute pression dans le stade pour les supporteurs (par contre, on la trouve aux alentours à 5 euros le verre!), drôle de retour de bâton. Ce serait donc la pression qui a fait perdre les Bleus. Ça promet… Ils ont intérêt à vite régler le problème, parce que de la pression, il va y en avoir encore davantage contre l’Irlande.
mardi 11 septembre 2007
Bienvenue dans le désert du réel
Dur de s’y remettre. J’avais cru qu’en déconnant un peu ("Le jour J"), je contournerai la difficulté pour arriver à relancer la machine de ce blog. Aussi vain que l’attaque française vendredi, une des plus déprimantes qu’il m’ait été de voir. Pelous a raison, elle (l’attaque) n’est pas seule en cause, mais quand même, quelle déprime ! Quel désert ! Quel manque d’imagination !
Je ne sais pas si mon petit délire a réussi à faire sourire quelques-uns d’entre vous, il n’a en tout cas en rien réglé mon problème. J’ai pourtant pas mal de choses à dire, beaucoup même, qui se bousculent dans mon esprit au fur et à mesure que les heures passent depuis cette funeste entame de la coupe du monde.
Bon, je me lance à nouveau, en vrac (le propos à venir mais aussi mon état général), un peu sans queue ni tête. Mais avec la peur du tête-à-queue. Comme les Bleus, j’ai peur de mal faire. Bah ! On verra bien. La vie doit reprendre le dessus (vous pouvez pas savoir comme j’aime cette phrase !). C’est parti, sans doute en plusieurs saccades.
J’avais initialement prévu de lancer nos drôles de comptes-rendus de matchs (pas tous hein ! Juste ceux qu’on a envie) par un "multiplex" post-mortem pas piqué des vers. Enfin, façon de parler.
L’organisation était complexe pour moi. J’avais certes sélectionné quelques adresses bien senties de personnes à travers lesquelles j’ai déjà eu l’occasion de me promener dans le bas-monde. Vous le savez, j’ai besoin qu’on me rende visite d’abord à Menton. Mais je vous apprend sans doute qu’après, selon certaines conditions, chez les personnes qui vous ont sincèrement rendu visite, qui se rappellent de vous avec bonté, on peut revenir un peu n’importe quand. Pas quand on veut cependant, ça dépend de pas mal de facteurs qui vous paraîtraient irrationnels et que de toute façon, je n’ai pas l’intention de vous expliquer en détail. On a nos petits secrets là-haut…
Compte tenu de ces facteurs limitatifs, mais sachant aussi que, depuis qu’on a retrouvé ma tombe, il y a quand même pas mal de monde qui vient me rendre visite, j’ai fait ma sélection à moi, avec une nette prédilection pour le Sud-Ouest. C’est un petit clin d’œil de ma part : je suis quand même un peu meurtri qu’on ait tant oublié la terre nourricière du rugby français, dans l’organisation de cette coupe du monde. C’est très surprenant pour quelqu’un comme moi.
Heureusement, la FFR a trouvé la solution : elle a demandé à son équipe de France amateur de jouer un tournoi spécialement créé pour l’occasion pour occuper le terrain du rugby pendant la RWC dans le Sud-Ouest ! Le XV amateur a donc joué contre la Belgique jeudi à Coarraze-Nay (Béarn), et se tapera la Russie lundi à Lannemezan (Gers, limite Bigorre), puis l’Angleterre jeudi à Saint-Paul-lès-Dax (Landes). Voilà le rugby du Sud-Ouest remis à sa place, celle des petits, des amateurs, du rugby-saucisse/purée/pitxuli. Et prière de se contenter d’Irlande – Namibie ou de Japon – Canada dans la capitale bordelaise.
Ne souriez-pas : quoique je ne me fasse aucune illusion sur ceux qui ont décidé de se foutre de la gueule de l’essence du rugby français jusqu’à la fin, ont finalement peut-être pas manqué leur coup. Il n’est pas impossible que, cette semaine, j’aille voir ces rugbymen-là plutôt que leurs glorieux aînés professionnels. J’aurai peut-être l’impression que mon rugby n’est pas mort.
Revenons aux à-côtés de ce France – Argentine.
Je l’ai donc vécu surtout dans le Sud-Ouest. Dans un festival de salsa à Dax. Dans un café branché de Biarritz. A la foire-expo de Pau. Devant l’écran géant du stade Saint-Pée à Oloron. Au Festival Ovale de Saint-Denis. J'ai fait aussi un court passage (une apparition serais-je tenté de dire !) au Stade de France, mais j'ai préféré laisser Bernie seul pendant cette épreuve : je redescends sur Terre pour m'amuser, pas pour partager vos tourments.
Vu le scénario de ce match qui se voulait une fête, je ne vais finalement pas trop détailler ces différentes escales. Mais je me devais quand même d'en faire état.
J'ai vu un peu partout des visages d'abord incrédules, puis agacés, puis inquiets, puis accablés. Les jeunes faisaient du bruit. Beaucoup de filles et de femmes. Les premières discutaient beaucoup entre elles, regardant d'un œil la rencontre. Les adultes beaucoup plus concentrées, "dans le truc".
Les concerts de salsa ont démarré sitôt après le match, passé lui dans les casetas autour de vin et de bière, de moules et de jambon. Elle se termina dans la bonne humeur, mojitos aidant. Le Conjunto Chappottin y sus Estrellas, et ses papis virtuoses, n'y étaient pas non plus pour rien. Le match ? La femme de mon "véhicule" landais ne s'est pas trompée, analysant dès les hymnes : "Ils n’y sont pas, ils vont perdre". Un de leurs copains, très flegmatique (mais enquillant sérieux !) ne dit quasiment rien du match. Jusqu’à un moment de déconfiture particulièrement flagrant, où il se retourna vers nous d’un air entendu pour lâcher un "French flair…" laconique…
Je ne suis pas resté longtemps à Pau : il n’y avait aucune ambiance devant l’écran géant placé à la Foire-Expo. Il faut dire qu’il y avait en même temps un concert d'Axelle Red. Pas très bien vu de prévoir deux ambiances en même temps… En partant, j’ai vu qu’il y avait du monde aux terrasses des cafés.
A Biarritz, ce fut plus amusant. L’établissement d’abord, pas commun. L’Arena, en terrasse de la petite plage du Port-Vieux, un "spot" magnifique situé entre le sable de la plage et le restaurant de Pascal Ondarts. L’ambiance y était ambivalente. Il faut dire qu’un important festival de danse (Le Temps d’aimer) devait débuter au même endroit et à la même heure, par un spectacle gratuit sur ladite plage : le prestigieux Ballet National de Marseille. Les deux se sont un peu télescopés (début du spectacle à 22h), il y avait quand même au moins 3.000 personnes pour voir davantage la chorégraphie marseillaise que le chant national marmonné par nos Bleus. En plus, l’endroit est branché, les filles magnifiques. Et l’ambiance dans le bar franchement pro-argentine à l’issue du match, grâce à la colonie latino du BOPB…
Les Pumas pouvaient aussi se sentir chez eux à Saint-Denis (ils ne s'en sont pas privés !) : le festival Ovale y prévoit une trentaine de concerts pendant la coupe du monde, au village rugbycolor, avec des groupes venus de cultures très différentes, comme l’ovale. Il y aura jeudi et vendredi Johnny Clegg, puis le Chœur de Soweto. Plus tard, Carlos Nuñez (Galicien, c’est-à-dire celte d'Espagne), Churchfitters, Eva Garcia, Sanseverino, Rachid Taha, Mademoiselle K, Sergent Garcia, Koomurri (Aborigènes), Choeurs Anaiki, Marani et Madrikali (Géorgie et Pays Basque), Te Vaka-Haka (Maoris), Les Wampas, Le Ministère des Affaires Populaires, Te Vaka-Bal Samoan (Tokelau, Tuvalu, Samoa, Maori et Nouvelle-Zélande), Plantec (Irlande), The Rakes (Angleterre)… Vendredi, forcément, c’était tango à tous les étages avec Soledad puis Gotan Project. Beaucoup tiraient la gueule à Saint-Denis vendredi soir, mais moins au festival où la joie argentine fut communicative : peu importe le gagnant pourvu qu’on ait l’ivresse !
L'ambiance à Oloron était très sympa. Terre de rugby par excellence, les Béarnais ont pu apprécier la vaillance des Pumas, ainsi que les groupés pénétrants français réussis. Des valeurs qu'a toujours partagées l'équipe fanion. Ça ne les a pas empêchés, malgré l’inquiétude grandissante, d’encourager le XV de France de la 1ère à la dernière minute du match.
Bon, faut que je vous laisse, y’a du beau monde qui vient me voir cet après-midi : Andy Leslie, le président de la fédération néo-zélandaise, vient en effet me rendre visite à Menton pour me rendre hommage. Je vous l’avais dit que j’aurai une place pour la finale !!
Ah, un mot sur le titre : ça sort paraît-il de Matrix, et c’est un de mes accompagnants de vendredi qui l’a ressorti pour résumer ce match. Pas mal trouvé, non ?
A très bientôt
dimanche 9 septembre 2007
Le jour J
C’était mal parti. A l’issue du repas de midi de vendredi, Bernie avait poussé une sacrée gueulante. Une dont on se souvient. Le caméraman chargé de tourner les rushs pour le film « Dans les yeux des Dieux bleus du stade », et qui est donc accepté en tant que tel dans l’intimité du XV de France, dira ensuite qu’il doutait que cette séquence puisse être insérée dans le DVD. « Ou alors avec la mention Interdit aux moins de 18 ans, mais ce serait con de se priver de cette cible commerciale » ajouta-t-il.
Bernie l’avait vraiment mauvaise, j’en témoigne.
« Vous le savez, vous n’avez le droit d’utiliser que ………, la marque que Domi teste sur ses propres cheveux. Or, on a retrouvé un flacon de ………, le shampoing vanté par Dimitri Yachvili. Je n’ai rien contre Dimitri, mais vous devez montrer l’exemple nom de Dieu ! ».
La plupart des têtes sont basses. On entend juste Sébastien qui continue de mastiquer son sandwich à la carpe qu’il s’est confectionné à la va-vite avec une prise d’Heymans dans la mare de Marcoussis.
« Fred, il faut que tu fasses un vrai effort » continua le sélectionneur en s’adressant à Michalak. « L’attachée de presse de ……….. m’a appelé, elle est hors d’elle. Quand tu fais une escapade, démerde toi pour aller dans un de ses restaurants, bouffer cette daube que tu proposes dans tous les 4X3 de France. Elle a appris que tu étais allé l’autre jour à La Voie Lactée bouffer une crêpe. Tu déconnes Fred, tu déconnes ! ».
Le Toulousain ne contestait pas avoir fait une entorse aux mesures diététiques draconiennes imposées aux joueurs. Là n’était d’ailleurs pas le problème. Il tentait de se justifier :
- « J’ai pourtant pris la crêpe des champions… ».
- « Y’a quoi dedans ? » lâcha un Sébastien tout d'un coup intéressé. Faut dire que, lui, rayon shampoing, il a droit à une dérogation avec un produit spécial. Donc, jusque là, il s'en foutait un peu du discours.
- « Steak haché, œuf, poivre, crème fraîche ».
- « Tu déconnes Fred, tu déconnes ! Et ton burger ? »
- « Pourquoi y mettent pas de champignons ? »
- « Ta gueule Seb !!! »
Sébastien grognait doucement, rongeant son frein et, accessoirement, la carpe, qui remuait encore un peu. Bernie se calmait aussi : il avait conscience qu’il ne fallait pas aller trop loin avec son "impact player". Chabal avait bien accepté la composition donnée lundi et son statut de remplaçant, mais ça restait précaire, il ne fallait pas trop le brusquer. D'ailleurs, il avait quand même fallu solliciter Zizou pour faire passer la pilule. Zinedine avait ensuite appelé « Caveman » au téléphone. : « En fait, Bernard te met remplaçant pour que tu gardes du jus : sitôt le match contre l’Argentine terminé, tu prends l’avion pour Milan, Domenech t’attend, il a besoin de toi » qu'il lui a dit. Sébastien avait marché, ne sachant plus depuis 15 jours s’il devait se focaliser sur Hernandez ou sur Gattuso.
Mais le subterfuge s’estompait au fur et à mesure que les évènements se profilaient. « Pourquoi Zizou, il fait une tête avec le ballon de rugby dans le spot pour ………….fr ? » avait demandé le barbu hier soir. « Dans ce cas-là, pourquoi j’aurai pas le droit de le plaquer à Gattuso ? ». Logique. Il avait fallu rappeler Galthié pour qu’il lui explique que, non, là, c’était pour une pub.
Le silence devenait pesant. Le discours d'avant-match de Bernard se poursuivait.
- « J’avais dit aussi : Pas de vin à table. Je sais bien que vous avez pris la cuvée « William Webb Ellis », mais quand même, préférer du Marmandais aux vins de Gaillac, c’est non seulement hors-la-loi par rapport au règlement intérieur, mais c’est aussi faire preuve de mauvais goût ».
Fabien Pelous intervient toujours aussi sobrement :
- « Rien ne vaut le Bordeaux »
Yannick Jauzion pris à son tour la parole :
- « Je suis d’accord avec le coach : c’est du Gaillac qu’il nous faut ! Je propose qu’on prenne chacun un verre de « La cave de la bastide », une heure avant de partir au stade. Pas de problème : j’ai une caisse dans la voiture ».
Michalak se penchait alors vers Heymans pour lui chuchoter quelque chose. D’abord un sourire en coin en devinant que l’autre allait lui sortir une connerie, Cédric tirait ensuite la tronche au fur et à mesure que Fred avançait dans son propos : « J’ai une bouteille d’AOC Fronton dans la chambre, tu sais ce vin de Toulouse que sponsorise Thomas Castaignède ! ».
Rémy Martin se lèva tout d'un coup :
- « Nous, on s’en fout, on boit que la cuvée « Brennus », du Bergeracois pas dégueu » lançait-il au garde-à-vous, la main sur le cœur.
« Calmos : les hymnes, c’est pour tout à l’heure. Je vous propose de réviser « Les règles du jeu ». Justement, j’ai quatre bouteilles avec moi. On est d’accord ? » proposa Jo Maso.
Bernard hésita. C’est du gros packaging ça, 12 litres de rouge, ça fait quand même un peu beaucoup. Mais bon, il faut bien occuper ces derniers instants, se donner un petit coup de fouet en restant dans la plus stricte légalité : « D’accord. Mais on en garde une pour après le match » trancha-t-il.
Deux heures après, ils étaient fin prêts, peut-être même un peu trop. Finalement, ils avaient goûté un peu à tout, sauf au « Fronton », car Michalak s’était dégonflé, il l'avait laissé dans sa chambre, Bernie l’aurait peut-être mal pris.
Il y avait un peu de désordre. Du vin restait au pied du flipper lorsque Jérôme Thion avait fait tilt. Damien Traille en avait dans les cheveux : touché lors d’une partie à la console video, il avait voulu faire plus réaliste. Avec de la sauce tomate, ça aurait été plus réussi. Dominici et De Villiers, à moitié à poil, se battaient virtuellement devant lui, comme pour le protéger : « Spartiates ! Spartiates ! » hurlaient-ils.
La récréation se termina d’elle-même lorsque le téléphone rouge sonna. Tout le monde savait qui était au bout du fil.
Bernie écouta longtemps, acquiesça plusieurs fois puis pâlit avant de répondre :
« Mais Nicolas, ce n’est pas possible. Un Haka mimant la Marseillaise ! Oui, c’est vrai, on peut mimer la formation du bataillon… L’étendard qui se lève aussi, c’est pas faux. L’égorgement ? Ouais, même si c’est déjà pris. Mais ça me paraît compliqué d’improviser ça maintenant. Tu sais qu’on joue dans quelques heures… De toute façon, ils la chantent pas tous la Marseillaise. Ben, parce que. Ben, Imanol par exemple. C’est contraire à sa religion, tu peux pas aller contre ça. Rappelle toi Michael Jones, les Blacks l'ont toujours laissé faire, il jouait pas le jour de la messe. Leur lire une lettre alors ? Quelle lettre ? ».
Bernard commençait à suer à longues gouttes. Il savait que la situation était chaude depuis la visite de Rachida Dati dans la semaine. Mme la ministre n’avait guère apprécié que certains joueurs partent à la sieste pendant son discours, ou que d’autres la poursuivent (comprendre la sieste…) sur place (voir Midi Olympique du 07/09/07). En partant, elle avait demandé la démission de trois joueurs… Il avait fallu appeler le président, lequel avait prévenu en suivant Cécilia pour qu'elle calme la ministre, et lui rappelle qu’un XV de France, ça ne se gère pas tout à fait comme un cabinet ministériel. Bernie s’attendait à ce que dans trois mois, Mme Dati trouve l’occasion à son tour de lui rappeler qu’un cabinet ministériel, ça ne se gère pas comme un XV de France. « Bon, ok pour la lettre (pour le lien, voir l'analyse de Laurent Bénézech). Mais c’est bien pour te faire plaisir ! ».
Jusque là, tout allait à peu près bien. Mais certains avaient un peu abusé. D’autres se sont plaints de maux de ventre. On a craint l’intoxication alimentaire. Plusieurs sandwichs au jambon Madrange avarié (le GIGN les a envoyés en suivant à l’analyse) avaient été retrouvés dans les chambres. Peut-être un colis piégé venant des Argentins, qui sait, on a déjà vu ça en 1995… En tout cas, les mecs n’étaient pas très fiers quand ils ont pris le bus pour aller au stade : tous blancs comme neige ! Sauf Betsen, mais c’est parce qu’il ne boit pas de vin.
En plus, Sébastien s’est retrouvé coincé aux chiottes, pourtant prévues larges. D'un coup, ceux qui voulaient vomir l'ont fait dans le frigo, là où les premières lignes avaient planqué leurs bières. D'autres montraient leur cul à l'arrière du bus. Parait que Roselyne, qui suivait derrière, avaient les joues rose écrevisse. Quant à l'escorte, on a quand même perdu trois motos en route.
Arrivé à Saint-Denis il a fallu tout péter pour le sortir de là. On était à la bourre, la cérémonie d'ouverture avait débuté. En plus, les joueurs ont laissé des forces à désosser ce bus. Sauf Lionel Nallet, mais c’est parce qu’il voulait pas libérer Chabal. Enfin, tout ça, ça a bien fait marrer Pichot qui observait la scène. La suite, vous la connaissez.
Bon, allez, toute ressemblance etc. n’est que fortuite. Mais j'aurais pourtant pu y être puisque - c'est un scoop que je vous donne - puisque Bernie est déjà venu me voir à Menton. Donc j'ai son adresse. Mais je crois que je vais le laisser tranquille pendant la compétition : un tel "véhicule", dans un tel contexte, c'est pas bon pour mes artères…
Bon, en réalité, voilà à quoi ça ressemblait cet avant-match.
En fait, j’avais pas trop le cœur à revenir sur le match en lui-même. Peut-être un autre jour ?
Alors, je me suis un peu laissé aller… D'où cette déconnade.
En attendant, puisque j’ai l’air de rester sur la ligne de me moquer de tout ce déballage publicitaire, voici pour la route une petite parodie ma foi fort bien réussie.

