Vous devez vous dire : « En fait, ce Willy, il en branle pas une, un vrai poil dans la main, encore une période où il a décidé de se la couler douce ! ». Et bin non, je m’y suis mis, mais par à-coups, sans qu’il y ait encore plus que d’habitude de cohérence. Je me dis que je vais remettre ça dans l’ordre, et puis la semaine passe…
Je sais bien aussi que, pour chaque équipe, il faut oublier les 1/4 de finale et se recentrer sur le prochain match. Mais, je ne suis pas joueur. En puiq, évoquer ces demi-finales n’est pas facile pour moi : il n’y a pas grand-chose à dire sur Argentine / Afrique du Sud (il serait dans l’intérêt du rugby que les Argentins passent, et les Boks restent les favoris) ; quant à France – Angleterre, c’est un crève-cœur pour moi, je ne sais pas si j’arriverai à en parler. Ni quel maillot je porterai samedi soir…  En plus, là-haut, les copains n’arrêtent pas de me chambrer, comme à chaque Crunch, je crois vous en avoir déjà parler (« Cochons d’Anglais ? Oui mais tout est bon dans le cochon… », 6/08/07). Ah, j’en ai pas mal là-haut des copains français adorables toute l’année, et qui deviennent lourdingues chaque année pendant le Tournoi. Cette année, ça sera deux fois dans l’année ! Comme en 2003 ! Té, le coup classique : y’en a un que je ne citerai pas (ça serait lui faire trop d’importance à ce Froggy !), qui a de nouveau remis en cause ma paternité sur ce sport. Cette fois, sans évoquer les Romains ou les Irlandais, la Soule ou le Calcio, mais avec les Géorgiens. Paraît-il que leurs surnoms, les Lelos, vient de « lelo », un sport joué dans les montagnes géorgiennes au moins au XVII° siècle, et qui ressemble fort à notre ovale… Moi, le sujet sur l'histoire de la Géorgie, j'avais fait l'impasse au collège de Rugby… J'ai retenu un seul truc : qu'on y a trouvé des pieds de vigne datant de 5000 ans avt JC. Après, les jeux dans les montagnes, j'ai zappé.
Vrai ou pas vrai (en fait, les deux le sont, le lelo comme les pieds de vigne), c’est fou ce que c’est pénible un Français quand ça va jouer les Anglais… Et ça aussi, ça ne date pas d'hier. Hein ? Quoi ? Les Anglais ? Quoi les Anglais ? Commence ça pas Pierrick, commence pas !

Bon, parlons d’autre chose que de ces demi-finales.

En fait, si je suis plein d’interrogations, ce n'est pas pour les matchs de ce week-end (eux, ils me rendent nerveux plutôt), c'est sur le rugby en général. Quand je repense aux prémices de ce sport ovale, et que je vois ce qu’il est devenu, il m’arrive d’avoir le vertige. Vous savez les efforts que je fais pour comprendre et apprécier le jeu au pied moderne. Je pensais être sur la bonne voie. Je le suis toujours d’ailleurs, mais tout se chambouille là-dedans. Comment pouvais-je deviner par exemple que j’allais prendre du plaisir à voir un sprint ballon en main vers son camp (!) assorti d’un coup de pied aussi vilain en arrière ! Un qu’aurait pu décocher Armand Vaquerin s’il lui était venu à l’esprit un jour d’en tirer un. Et une phase de jeu qu’il ne m’était pas venu non plus à l’esprit (là-haut, on a beaucoup d’esprit) d’inventer…
Soit dit en passant, si je me permets de taquiner Armand comme ça, c’est parce que c’est un pote, et qu’il a de l’humour. Il vaut mieux d’ailleurs puisqu’il est à côté de moi, regard ténébreux et sourire en coin compris.
De toute façon, même pas peur : là-haut, la douleur physique, on connaît pas. Même si tout n’y est pas rose.
Sauf Jacques Chaban-Delmas qui ne quitte plus le maillot du Stade français qu’il s’est procuré Dieu sait comment (« Oh pardon Boss. Et en plus vous ne savez pas comment il a fait ? »).  C’est devenu une vraie passoire ce paradis… Bref, nous on le savait que Jacques, il a joué au CASG dans le temps. CASG pour Club athlétique de la société générale : comme quoi le sponsoring ne date pas d’aujourd’hui. Exactement le même système qu'au Japon, sauf qu'en France il n'a pas perduré. Ou qu'on en revient peu à peu.
Revenons à nos moutons (de Nouvelle-Zélande).

Et pourtant quelle était belle cette course d’Elissalde, naïve, coquine, inconsciente, exultante…

Je ne pensais pas non plus que je resterai béat devant une passe apparemment aussi peu académique de Michalak lorsqu’il offre l’essai à Jauzion. Une passe à deux mains (j’ai entendu l’autre soir un des intervenants des Balèzes sur Europe 1 évoquer « une passe de basket »), pas vrillée, pas dans la course, en tombant en arrière etc. et qui conclue pourtant magnifiquement un mouvement magnifique. A posteriori, j’ai apprécié l’explication de Fabrice Galthié dans cette même émission, sur la faute de défense du demi de mêlée Black (qui venait juste de remplacer Kelleher) en se jetant dans le vide, et qu’interprète bien Traille.
Tiens, à ce propos, j’ai lu dans la République des Pyrénées quelques éclairages bien sentis sur cet essai. Je vous répète ce que Imanol Harinordoquy et Damien Traille, tout deux anciens de la Section paloise, ont confié au quotidien palois.
D’abord, Harinordoquy : « Je vois Damien, où il ne devait pas forcément se trouver. J’allonge ma passe, ce n’était pas très esthétique, mais il se retrouve loin de la troisième ligne ». C’est sur cette passe que Leonard se jette pour rien, accentuant le décalage. Damien Traille : « Sur l’annonce du mouvement, je devais croiser avec Yannick Jauzion. Mais je ne le vois pas. Fred Michalak se propose, je lui transmets la balle. Il avait du gaz, a su ne pas s’isoler pour donner à Yannick ».
J’en retiens quoi ? Que les Français ont improvisé…

Revenons à cette passe de Michalak. Là, c’est pour autre chose que je me sens en décalage. Cette passe géniale en fait, est tout ce qui est le plus académique : elle vient du fond des âges. A mon époque, c’est comme ça qu’elles pouvaient être faites, une offrande brute, lourde, comme un appel au secours et un cri de survie, comme un ultime acte signifiant avant de rendre l’âme. Pierrick Lefol opine du chef tout en me confiant que dans sa version à lui de l’ovale, bin des passes, ‘yen avait pas beaucoup. Mais l’image « d’un ultime acte signifiant avant de rendre l’âme », ça lui a vaguement parlé : un type qui en 1523 s’était cassé le coup lors d’une partie de soule, juste après avoir fait ce genre de passe. Bon, il y avait eu ensuite en-avant mais à l’époque, ça ne comptait pas.

A mon époque aussi, la différence, c’est que le ballon était plus gros, plus rond et plus lourd, et que Michalak lui, il n’est pas en train d’agoniser quand il la fait cette passe, il est au contraire sobre, lucide, à la fois dans l’analyse et l’instinct.
Mais c’est la même. La première passe.

PS : Sans aucun rapport. Quoique :
> Le Haka en 1922
> Le Haka en 1925